Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302106
mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2302106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 4 et 6 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Ghounbaj, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an assortie d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- si, compte tenu de sa nationalité algérienne, il ne pouvait revendiquer le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le Conseil d'Etat, dans son avis n° 333679 du 22 mars 2010, a toutefois jugé que les préfets peuvent décider d'admettre exceptionnellement au séjour des ressortissants algériens sur le fondement de leur pouvoir discrétionnaire de régularisation, ainsi que le rappelle d'ailleurs la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dite circulaire " Valls " ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle apparaît, pour le préfet de la Haute-Vienne, comme la conséquence automatique de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français et le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :
- ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- ces décisions sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles apparaissent, pour le préfet de la Haute-Vienne, comme la conséquence automatique de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Par une ordonnance du 11 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors que lorsqu'elle prend à l'encontre d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de ce signalement et qu'une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 17 mars 1990, M. B déclare être entré irrégulièrement en France le 20 janvier 2020. Le 27 juin 2023, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée par la société AMIBAT Renov en qualité de peintre en bâtiment. Par un arrêté du 3 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, M. B relève que si, compte tenu de sa nationalité, il ne pouvait revendiquer le bénéfice de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le Conseil d'Etat, dans son avis n° 333679 du 22 mars 2010, a néanmoins rappelé que les préfets peuvent décider d'admettre exceptionnellement au séjour des ressortissants algériens en vertu de leur pouvoir discrétionnaire de régularisation, ainsi que le rappelle d'ailleurs la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dite circulaire Valls. Toutefois, à supposer que, par ce simple rappel de l'état du droit, M. B puisse être regardé comme soulevant un moyen, celui-ci n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier exactement la portée et le bien-fondé.
4. En second lieu, à supposer même que, comme il le déclare sans le prouver, M. B puisse être regardé comme étant entré en France en janvier 2020, il est constant que cette entrée a été irrégulière et qu'il a attendu le 27 juin 2023 pour demander, pour la première fois la délivrance d'un titre de séjour susceptible de régulariser sa situation. En outre, célibataire et sans enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposerait de liens privés ou familiaux stables et intenses en France. A l'inverse, il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances, en dépit de la promesse d'embauche qui lui a été adressée par la société AMIBAT Renov en qualité de peintre en bâtiment, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B en lui opposant un refus à sa demande de titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, les moyens tirés, d'une part, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de celle portant refus de délivrance d'un titre de séjour, d'autre part, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 3 novembre 2023 que le préfet de la Haute-Vienne, qui a procédé à un examen de la situation de M. B avant de prendre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas estimé que cette mesure d'éloignement était la conséquence automatique de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an
7. En premier lieu, eu égard à ce qui a été indiqué au point 4, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 3 novembre 2023 que le préfet de la Haute-Vienne, qui a procédé à un examen de la situation de M. B avant de prendre la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a pas estimé que cette mesure était la conséquence automatique de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
9. Lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le rapporteur,
J. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS La greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
mf