Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302116

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2302116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de lui délivrer un titre de séjour et de travail, ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la préfète de la Creuse n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète de la Creuse n'a pas examiné l'opportunité de la délivrance d'un titre de séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant pakistanais indiquant être né en octobre 2004, M. A C est entré irrégulièrement en France en mars 2021. Conformément à une ordonnance de placement provisoire du 19 mars 2021 et à un jugement en assistance éducative du 6 avril 2021, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Creuse jusqu'au 30 novembre 2022 inclus. Le 17 octobre 2022, M. C a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 10 octobre 2023, la préfète de la Creuse a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de la demande de titre de séjour produite en défense, que M. C a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la Creuse aurait commis une erreur de droit au motif qu'elle n'a pas examiné l'opportunité de lui délivrer un titre de séjour à titre exceptionnel en vertu de ces dispositions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des termes de l'arrêté en litige, que la préfète de la Creuse n'aurait pas fait un examen complet de la situation de M. C avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

4. En troisième lieu, célibataire et sans enfant, M. C est entré récemment et de manière irrégulière sur le territoire français. Il ne démontre pas disposer de liens d'une particulière intensité en France et il ne conteste pas qu'il ne maîtrise pas le français. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches au Pakistan, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident, notamment, ses parents et son frère. Dans ces circonstances, en dépit des stages et des actions de formation qu'il a suivies auprès notamment de la mission locale de la Creuse et du CFA de la CCI de la Creuse, la préfète n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que la préfète de la Creuse aurait considéré, à tort, que cette décision n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant. Le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de ce que la préfète n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation et aurait commis une erreur de droit doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la préfète de la Creuse ne peut être regardée comme ayant méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023 de la préfète de la Creuse et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

J. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière,

M. B

mf