Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302128

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2302128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 08 décembre 2023 et des pièces enregistrées le 26 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Maret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler, l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 200-4 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par ordonnance du 13 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public, sur sa proposition, a été dispensé de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant colombien, est entré dans l'espace Schengen par l'Espagne le 23 avril 2023 et déclare être entré en France le même jour. Par un arrêté du 14 novembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A D tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : /. 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; 2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; 3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de son article L. 233-2 : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ".

5. Pour justifier de la méconnaissance par le préfet de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant, âgé de plus de 21 ans, soutient être à la charge de sa mère de nationalité colombienne et mariée à un citoyen de l'Union européenne, à savoir un ressortissant espagnol. M. A D, quand bien même il est hébergé par sa mère et est suivi par la mission locale depuis le 20 octobre 2023, ne démontre pas, par les seuls éléments qu'il produit, sa situation de dépendance réelle à l'égard de celle-ci, ni de son beau-père, alors au demeurant que le préfet indique, sans être contesté, que le requérant a travaillé de décembre 2021 à janvier 2023 et ne présente pas un état de santé dégradé. Par suite, le moyen tenant à la méconnaissance des dispositions citées au point 4 doit être écarté.

6. En second lieu, le requérant, célibataire et sans enfant, est entré récemment en France. Il ne justifie pas des liens qu'il aurait entretenus avec sa mère depuis que cette dernière est entrée en France en 2019, ni de l'existence d'attaches personnelles et familiales autres en France. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A D dispose en Colombie de membres de sa famille, notamment ses deux frères. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les dispositions de l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur l'admission de M. A D à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A D est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B A D et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. C

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