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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2302174

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302174

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2302174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 18 décembre 2023 et le 9 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui renouveler son titre de séjour " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de territoire français pour une durée d'un an, ensemble le rejet de son recours gracieux formé le 4 décembre 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 15 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de statuer à nouveau dans le délai d'un mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil et sous réserve de son renoncement à l'aide juridictionnelle en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- emporte sur sa vie privée et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- et les observations de Me Roux, substituant Me Moreau, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais né en 2002, est entré en France en 2016 alors âgé de 14 ans. A sa majorité, il a été mis en possession d'un titre de séjour mention " étudiant " dont il a sollicité le renouvellement le 29 juillet 2021. Par un arrêté du 22 septembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le renouvellement de son titre tant sur le terrain de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que sur celui de l'article L. 423-23 du même code, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. D'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a commis en 2021 et 2022, deux infractions qui lui ont valu une amende de 500 euros pour conduite d'un véhicule sans permis et une condamnation à quatre mois d'emprisonnement pour participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou dégradation de bien et détention sans motif légitime de substance ou produit explosif non soumis à un régime particulier et permettant de commettre une destruction ou dégradation de bien d'autrui. Ces circonstances suffisent à faire regarder la présence de M. C sur le territoire français, ainsi que l'a estimé le préfet de la Haute-Vienne dans la décision attaquée, comme constituant une menace à l'ordre public. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C vit en France, où il est entré en 2016, depuis l'âge de 14 ans. Il a été scolarisé à son arrivée en classe de quatrième et après un échec à son certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en carrosserie, il a obtenu un CAP de monteur installateur thermique en 2021. Il est inscrit pour l'année 2022/23 en première professionnelle maintenance des systèmes énergiques et climatiques au lycée professionnel Martin Nadaud de Bellac. Il ressort également des pièces du dossier que toute la famille de M. C réside en France puisqu'il vit avec sa mère, titulaire d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", ainsi qu'avec ses quatre frères et sœurs dont trois sont nés en France. Son père également présent sur le territoire national et titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle atteste, sans être contesté, que les grands-parents paternels et maternels de son fils sont décédés. Dès lors, la décision du préfet de la Haute-Vienne en date du 22 septembre 2023 refusant le renouvellement de son titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et est entachée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 22 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour à M. C doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement implique, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que le préfet de la Haute-Vienne, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de conditions d'astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Moreau, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier la somme de 1 200 euros à verser à Me Moreau sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 22 septembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne, ensemble la décision portant rejet du recours gracieux formé le 4 décembre 2023, sont annulés.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:L'État versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Moreau en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

lg

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