jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MOREAU LISE-NADINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, et à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de son renoncement à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne permet pas de connaître le motif du rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
- a violé l'article 7 de l'accord franco-algérien en ce que le préfet s'est cru à tort en compétence liée par l'absence de visa long séjour prévu à l'article 9 du même accord ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle indique que l'employeur qui se propose de l'embaucher ne démontre pas avoir publié la moindre vacance d'emploi ; ce motif ne pouvait donc lui être opposé pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique que son entrée est récente et qu'il est sans attache en France ;
- le préfet s'est cru à tort en compétence liée par le refus de séjour ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 6 février 2024 et le 13 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience public à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1994, déclare être entré en France le 28 février 2019. Le 26 septembre 2023, il a sollicité une carte de résident algérien mention " salarié ". Par un arrêté du 4 décembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à l'admission exceptionnelle au séjour ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, le préfet peut toutefois délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en usant du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
3. Si M. B soutient que la décision contestée ne permet pas de savoir pour quel motif sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a fait l'objet d'un rejet, il ressort toutefois de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Vienne après avoir rappelé que le requérant ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que sa demande ne justifiait pas l'usage de ce pouvoir discrétionnaire dès lors que son employeur n'avait pas publié de vacance d'emploi. La décision est ainsi suffisamment motivée et cette motivation ne révèle pas un défaut d'examen de la demande du requérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien : " () Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa long séjour délivré par les autorités françaises () ".
5. D'une part, si le requérant produit une promesse d'embauche du 9 novembre 2023 pour un contrat à durée indéterminée comme coiffeur barbier émanant de l'entreprise Top Coiffure dans laquelle il a travaillé d'août 2021 à septembre 2023 comme en attestent ses bulletins de salaire, il n'est pas contesté qu'il est entré en France de manière irrégulière. Il ne disposait donc pas du visa de long séjour exigé par les stipulations citées au point précédent et le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer le titre demandé. D'autre part, si l'absence de publication préalable d'une vacance d'emploi par l'employeur de M. B avancée par le préfet est contredite par un courrier de pôle emploi du 9 août 2023, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision au regard de sa situation professionnelle pour refuser l'admission exceptionnelle au séjour par le travail. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet a commis une erreur de droit et a méconnu les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien doivent, être écartés.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que si M. B, célibataire et sans enfant, soutient être entré en France le 28 février 2019, sa présence n'est attestée qu'à partir du mois de décembre 2020, date à laquelle il a été hébergé par sa sœur et son beau-frère. S'il se prévaut que les liens qui l'unissent à ses deux sœurs, titulaires de certificats de résidence algériens de 10 ans, sont anciens et stables et que ces dernières attestent qu'il est une aide dans l'accompagnement de leur enfant, ces circonstances ne lui confèrent aucun droit particulier à résider sur le territoire national. Par ailleurs, s'il bénéficie d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée auprès d'un salon de coiffure, cet élément ne permet pas de caractériser une intégration sociale et professionnelle particulièrement significative. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Par suite, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il appartient au juge administratif de vérifier la matérialité des faits qui ont motivé les mesures adoptées par l'administration. En l'espèce, M. B soutient que le préfet de la Haute-Vienne a entaché sa décision d'une erreur de fait en la justifiant par une entrée récente et l'absence d'attaches en France. Toutefois, comme indiqué au point 7 du jugement, la présence en France du requérant n'est établie qu'à compter de la fin de l'année 2020 et présente un caractère récent au jour de la décision attaquée. Enfin, l'arrêté n'indique pas qu'il est sans attache en France, puisqu'il précise la présence sur place de ses deux sœurs. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'erreurs de fait doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet de la Haute-Vienne aurait considéré, à tort, que cette décision n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2023 et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026