Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400101

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 29 janvier 2024 à 21h48, M. A D, représenté par Me Ouangari, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé son transfert auprès des autorités croates responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande, de lui délivrer une attestation sur le fondement de l'article L. 741-2 et L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de de lui permettre de saisir l'Ofpra d'une demande d'asile dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 22 décembre 2023 prononçant son transfert a été signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ; il n'est pas justifié qu'il a été destinataire des brochures d'information visées à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ensuite l'article 5 de ce règlement a été méconnu dès lors qu'il n'est pas démontré qu'un entretien individuel confidentiel a bien été mené, enfin les règles procédurales de la prise en charge n'ont pas été respectées, en ce qui concerne les délais de saisine, la forme de la demande, la preuve de l'envoi de la requête et de la réponse des autorités croates ;

- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors qu'il est fondé sur l'article 18-1.bis du règlement susmentionné alors qu'aucune demande d'asile n'est en cours d'examen ;

- il méconnait le point 2 de l'article 3 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il contrevient à l'article 8 et à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistré le 26 janvier 2024 et le 30 janvier 2024 à

10h16, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martha, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Martha a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 2 avril 1994 à Kinshasa, de nationalité congolaise a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 16 août 2023 en provenance d'un autre Etat membre. Il s'y est maintenu sans être muni des documents et visa exigés par les textes en vigueur. Il a déposé une demande d'asile enregistrée par les services de la préfecture de la Haute-Vienne le 8 septembre 2023. Les recherches entreprises sur le fichier européen Eurodac, ont établi que M. D avait présenté une première demande d'asile en Grèce, pays dans lequel il est entré le 24 juin 2019, puis une nouvelle demande en Croatie le 26 mai 2023. Après que les autorités croates ont accepté le 31 octobre 2023 la demande de reprise en charge de l'intéressé sur le fondement des dispositions de l'article 20-5 du Règlement (UE) n°604/2013, le préfet de la Gironde, par un arrêté du 22 décembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, a prononcé le transfert de M. D auprès des autorités croates.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Selon l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire () peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. M. D a déposé le 17 janvier 2024 une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, Mme C E, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique de la préfecture de la Gironde, bénéficiait, par arrêté préfectoral du 31 août 2023 régulièrement publié et accessible sur le site internet de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Gironde, lui permettant de signer les décisions de la nature de celle en litige prise sur le fondement des dispositions législatives ou réglementaires du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, et de première part, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / [] 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national [] ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié d'un entretien individuel en français, langue qu'il a déclaré comprendre et lire, le 8 septembre 2023, qui a été effectué par un agent préfectoral, du guichet unique et du bureau de l'asile de la préfecture de la Haute-Vienne au cours duquel il a été informé que les autorités croates allaient être saisies en application du règlement Dublin. Par ailleurs, M. D n'apporte aucun élément circonstancié de nature à faire douter de la qualité de l'agent ayant procédé à cet entretien ni du caractère confidentiel de ce dernier. A cet égard, les services de la préfecture, et en particulier les agents recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement n° 604/2013, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article. Par ailleurs, l'article 5 de ce règlement n'exige pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité de l'agent qui l'a mené. L'absence de mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, alors qu'il ressort de ce document qui est signé et contient les initiales de cet agent, que ce dernier est affecté au guichet unique et au bureau de l'asile, n'a pas privé l'intéressé des garanties prévues à l'article 5 du règlement mentionné au point 5. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Gironde aurait méconnu les dispositions de cet article du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

7. De deuxième part, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu remettre contre signature, le 8 septembre 2023, la brochure intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (brochure A) et la brochure intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B). Ces documents ont été remis en langue française, langue que l'intéressé a déclaré comprendre et lire. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de la garantie tenant au droit à l'information tel que garanti par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

9. De troisième part, aux termes de l'article 2 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié : " Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe III, exposant la nature et les motifs des requêtes et les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil sur lesquelles elle se fonde ". Aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " Début de la procédure - 1. Le processus de détermination de l'Etat membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un Etat membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'Etat membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès- verbal doit être aussi court que possible. () ". Aux termes de l'article 21 du même règlement : " Présentation d'une requête aux fins de prise en charge- 1. L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. / () / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'Etat membre auprès duquel la demande a été introduite ".

10. Il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de la Gironde que la demande de reprise en charge de M. D adressée aux autorités croates a été présentée le 17 octobre 2023 au moyen d'un formulaire identique au " formulaire uniforme pour les requêtes aux fins de prise en charge " figurant à l'annexe III du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, soit dans le délai de trois mois prévu par les dispositions citées au point 9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la Croatie a explicitement accepté la reprise en charge de l'intéressé le 31 octobre 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des règles de forme et de délais prévus par ces dispositions manque en fait et doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des recherches effectuées dans le fichier Eurodac, que le requérant est identifié comme ayant présenté une demande d'asile en Croatie. Par suite, au vu des éléments d'informations dont il disposait, le préfet de la Gironde a pu, sans erreur de droit, saisir les autorités croates d'une demande de reprise en charge sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, applicable aux demandeurs dont la demande est en cours d'examen. Par ailleurs, l'arrêté en litige fait état de l'article 20-5 du même règlement sur la base duquel la Croatie a donné son accord pour la reprise en charge de l'intéressé, alors que ce dernier ne conteste pas avoir retiré sa demande d'asile effectuée dans ce pays et être effectivement dans une situation relevant des dispositions de cet article 20-5. Par suite, le moyen tenant au défaut de base légale soulevé doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un Etat membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier et Etat membre auprès duquel la demande a été introduite, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable devient l'Etat membre responsable ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 prévoit que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe, cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. D'une part, si M. D fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil, d'accompagnement et de prise en charge des demandeurs d'asile en Croatie, les seuls extraits de rapports et articles produits par l'intéressé ne permettent toutefois pas de tenir pour établi que les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en Croatie seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure à l'existence de risques suffisamment réels et concrets, pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale et indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel extrême. Par ailleurs, rien ne démontre que la demande d'asile de M. D serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que la Croatie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, M. D qui soutient que la décision de transfert aux autorités croates l'expose au risque que soient méconnues les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que ces autorités le renverrait dans son pays d'origine où il aurait été persécuté en raison de son orientation sexuelle, il n'apporte au soutien de ses allégations, aucun élément probant de nature à établir, qu'à la date de la décision attaquée, son transfert vers la Croatie l'exposerait à un risque personnel de traitement inhumain ou dégradant. Enfin, si M. D soutient en l'établissant par la production d'un certificat médical en date du 29 janvier 2024 qu'il souffre d'un état de stress post traumatique pris en charge par différentes thérapies dans le contexte " sécure et sécurisant " permis par la prise en charge des professionnels de l'EMPP du centre hospitalier Esquirol et la présence de son compagnon, le requérant n'établit toutefois pas que son transfert aux autorités croates chargées d'examiner sa demande d'asile entraînerait un risque réel et avéré d'une détérioration significative de son état de santé, ni qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier dans ce pays d'un suivi adapté à sa pathologie. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé ne démontre pas qu'il existerait des risques sérieux qu'il soit refoulé vers la Bosnie Herzégovine ou même renvoyé en Grèce, en cas de transfert vers la Croatie, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision de transfert en cause méconnaitrait les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En cinquième lieu, M. D, célibataire et sans enfant, est entré récemment en France. La seule circonstance qu'il aurait une sœur en France, ce qui n'est au demeurant pas établi, n'est pas de nature à révéler qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux dans ce pays alors qu'il n'apporte aucun élément quant à l'intensité des liens qui l'unirait à cette sœur, ni sur le fait qu'il ne disposerait plus d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Par suite le moyen tenant à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le magistrat désigné,

F. MARTHA

La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière,

M. B

No 2400101

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