Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400109

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 janvier et 30 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Mons-Bariaud, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 31 août 2023 par laquelle la préfète de la Creuse l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, ainsi que la décision implicite née le 20 novembre 2023 rejetant son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de retirer M. B du fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (Finiada) ;

3°) de mettre à la charge de la préfète de la Creuse une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite puisqu'il est président de l'association communale de chasse de Guéret, dispose de ses armes légitimement et exerce de façon assidue sa passion pour la chasse ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué :

' il est entaché d'insuffisance de motivation ;

' il méconnaît les dispositions des articles L. 312-10 et L. 312.13 du code de la sécurité intérieure, dès lors que la dangerosité de M. B n'est pas établie ; par un jugement en date du 24 novembre 2022, le tribunal correctionnel de Limoges a ordonné la mainlevée de l'interdiction temporaire de porter ou de détenir une arme le concernant au motif que le danger de lui permettre de porter ou détenir à nouveau une arme doit être relativisé ; par un autre jugement en date du 22 février 2023, devenu définitif, le tribunal correctionnel de Limoges a jugé que l'infraction pour laquelle il a été condamné n'a pas été commise avec une arme et qu'il y a lieu d'ordonner la restitution des armes saisies dès lors qu'en l'absence de tout antécédent judiciaire, la personnalité de M. B n'apparaît pas porteuse d'une dangerosité telle qu'elle nécessiterait la confiscation des armes

' la décision méconnaît la chose jugée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, la préfète de la Creuse conclut au non-lieu à statuer sur la requête. Elle fait valoir qu'elle a abrogé la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 janvier 2024 sous le n° 2400110 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Compte tenu de la portée et des effets du référé suspension, le retrait ou l'abrogation d'une décision administrative en cours d'instance peut justifier que la procédure de référé initiée ait perdu son intérêt, et par suite son objet.

3. Par la présente requête, M. B demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de la décision de la préfète de la Creuse, en date du 31 aout 2023, relative à son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (Finiada). Il résulte toutefois de l'instruction que, par une décision du 24 janvier 2024, la préfète a abrogé l'acte attaqué. Il en résulte que la décision du 31 août 2023 n'est plus, à ce jour, susceptible de produire des effets. Les conclusions tendant à sa suspension sont, par voie de conséquence, devenues sans objet.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par M. B.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information à la préfète de la Creuse.

Limoges, le 1er février 2024.

Le juge des référés,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef,

A. BLANCHON

No 2400109

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