Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400237

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400237
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2024, Mme B A , représentée par Me Mons-Bariaud, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur l'évaluation des préjudices qu'elle estime avoir subi à la suite d'une chute dont elle expose avoir été victime, le 30 mai 2022, alors qu'elle travaillait en cuisine au sein du collège Pierre-Donzelot à Limoges ;

2°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'expertise réalisée par le docteur D ne présente aucune garantie d'indépendance dans la mesure où elle a été diligentée par le département de la Haute-Vienne ;

- l'expertise réalisée par le docteur D fixe la consolidation de sa cheville droite au 8 août 2023 et conclut à l'aptitude à reprendre une activité professionnelle, or les examens cliniques réalisés par le docteur E concluent à la subsistance de douleurs et à la présence de troubles fonctionnels post grosse entorse, ayant des répercussions sur tout son membre inférieur avec un syndrome fémoro-patellaire ;

- le docteur E précise que Mme A ne peut plus retravailler en cuisine avec piétinement, nécessitant un reclassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête, demande qu'il soit constaté que la mesure d'instruction sollicité ne présente pas d'utilité et, à titre subsidiaire, à ce que l'expert désigné s'attache particulièrement à apporter des précisions sur le traumatisme ancien au niveau de la malléole droite évoqué par le docteur E, préexistant à l'accident de service du 30 mai 2022, dont Mme A a été victime.

Il soutient que :

- la mesure d'expertise sollicité ne présente pas d'utilité :

o il n'est pas à l'initiative de la désignation du docteur D, c'est son assureur, le groupe Frand et Associés, de plus le docteur compte au nombre des médecins spécialistes en chirurgie orthopédique et traumatologique agréés par le préfet de la Haute-Vienne sur proposition du directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine ;

o le docteur D a fixé la consolidation de la cheville de la requérante le 8 août 2023 et, a en outre conclu dans son rapport d'expertise que devaient être pris en charge au titre de l'accident de service du 30 mai 2022 la kinésithérapie, les frais d'attelle stabilisatrice de cheville, les éventuels arrêts de travail au-delà de la date de consolidation et les soins et frais médicaux post consolidation durant 12 mois à compter de l'expertise ; ayant pris acte de ces conclusions, le département a sollicité de la part de la requérante un certificat de soins post consolidation du 8 août 2023 au 7 août 2024 ;

o les frais post consolidation auxquels fait face l'intéressée sont pris en charge ;

o Mme A a été accompagnée dans l'ensemble des démarches qu'elle a entreprises depuis 2020 dans le cadre de son projet professionnel ; plusieurs échanges ont eu lieu entre la requérante et le conseiller en évolution professionnelle qui lui a indiqué à cette occasion les règles statutaires de mobilité dans la fonction publique ; en octobre 2023 la requérante a sollicité des échanges à fin d'obtenir des renseignements sur le parcours de reconversion professionnelle, la requérante n'a cependant jamais donné suite à la proposition de rendez-vous émise par le conseiller en évolution professionnelle.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

2. Une expertise amiable a été réalisée par le docteur D, lequel a été désigné par le groupe Frand et Associés, assureur du département de la Haute-Vienne, qui a examiné Mme A le 27 juin 2022. Ni le principe même de cette expertise ni son caractère contradictoire n'ont été contestés.

3. Mme A fait valoir que sa demande d'expertise est utile dès lors qu'un expert doit se prononcer sur les souffrances qu'elle éprouve depuis la chute dont elle a été victime le 30 mai 2022 et afin de déterminer les préjudices qu'elle a subis. Or deux autres expertises, ayant le même objet, organisées contradictoirement, ont été confiées au docteur D par le groupe Frand et Associés. Dans son dernier rapport du 8 août 2023, l'expert conclut à une rechute, retient un taux d'IPP de 8% imputable à l'accident de service du 30 mai 2022, à une prise en charge des d'éventuels arrêts de travail au-delà de la date de consolidation et à la prise en charge éventuelle des soins et frais médicaux post consolidation pour une durée de douze mois comprenant de la kinésithérapie, attelles et chirurgie stabilisatrice.

4. Les questions présentées par Mme A ayant déjà été examinées par l'expert, la présente requête, qui ne fait état d'aucun élément médical nouveau dont l'expert n'aurait pas eu connaissance, constitue en réalité une critique des rapports d'expertise, ce qu'elle formule d'ailleurs expressément. La critique des rapports a pour objet essentiel de contester les conclusions et, notamment, en ce que les expertises ne présenteraient pas des garanties d'indépendances et d'objectivité, dès lors que celles-ci ont été diligentées par le département de la Haute-Vienne. Une telle contestation relève du tribunal saisi du fond du litige, lequel peut, s'il l'estime nécessaire, ordonner une expertise complémentaire. Au demeurant, il ressort des pièces versées au dossier que les expertises ont été diligentées par la société Frand et Associés assureur du département, en outre le docteur D a été désignée sur la liste des médecins agrées de la Haute-Vienne, et compte au nombre des médecins spécialistes en chirurgie orthopédique et traumatologique agréés par le Préfet de la Haute-Vienne sur proposition du Directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A ne présente pas, en l'état, d'utilité au sens des dispositions rappelées ci-dessus de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et doit, par suite, être rejetée en toute ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au département de la Haute-Vienne, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.

Fait à Limoges, le 18 juin 2024.

Le juge des référés,

D. ARTUS

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. C

mf