Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400263
mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2024, Mme B A, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- le préfet de la Haute-Vienne s'est cru à tort lié par l'absence de visa long séjour pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et n'a pas examiné l'opportunité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation tiré du 2ème alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est également entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C A, ressortissante angolaise née le 18 mars 1998, est, selon ses déclarations, entrée avec sa mère, un frère et une sœur mineurs au début de l'année 2019 en France, où elle a formé une demande d'asile qui a été rejetée. Elle a sollicité, le 9 novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " que la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé par une décision du 16 décembre 2021, devenue définitive. Par un arrêté du 20 mai 2022, la préfète de la Haute-Vienne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. Par un arrêté du 27 novembre 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et a prolongé la durée de son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". L'article L.412-1 du même code dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 7° ou 2° de l'article L. 411-1. "
3. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante à Mme A, le préfet de la Haute-Vienne a considéré que la requérante ne disposait pas d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Alors qu'il ressort de sa demande de titre présentée le 27 juillet 2023 que l'intéressée a fait part au préfet de son parcours scolaire depuis septembre 2020 et de son inscription pour l'année scolaire 2023-2024 en 2ème année de DUT, " techniques de commercialisation " à Limoges, il ne ressort pas des termes de la décision, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne aurait examiné sa demande à l'aune du 2ème alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 2, lequel prévoit qu'en cas de nécessité liée aux études, la condition de présentation d'un visa long séjour n'est pas opposable. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne, en s'abstenant de procéder à cet examen, a commis une erreur de droit. Il s'ensuit que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête. Par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 3, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de 2 mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de justice :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire doit aux conclusions de la requérante présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 novembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de Me A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Martha, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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