Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400266

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2024, M. A B, représenté par Me Dia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que le refus de titre de séjour :

- est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation, est insuffisamment motivé et est entaché d'erreurs de fait ;

- méconnaît les articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 et publiée par le décret n° 96-996 du 13 novembre 1996 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 et publié par le décret n° 2009-946 du 29 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. Martha ;

- et les observations de Me Dia, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, est entré en France le 15 juillet 2018 sous couvert d'un visa court séjour valable du 14 juillet 2018 au 13 août 2018, à l'âge de 57 ans. La demande d'asile formulée par l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 16 janvier 2020, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 novembre 2020 et notifiée le 16 février 2021. Le 4 mai 2021, M. B a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 11 février 2022, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Le 8 juillet 2023, l'intéressé a présenté une nouvelle demande de titre de séjour. Par un arrêté du 14 octobre 2023 confirmé par une décision du 22 décembre 2023 portant rejet du recours gracieux formé par M. B, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de ces deux actes.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, cette décision comporte les considérations de fait et de droit qui la fonde. Elle est par suite suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de cette décision, qui comporte de façon suffisamment développée les éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressé que le préfet ne se serait pas livré à un examen approfondi de la situation du demandeur.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2018 à l'âge de 57 ans. S'il se prévaut, en l'établissant, de la présence sur ce territoire de son fils né en 1982 de nationalité congolaise et de sa fille, née en 1979 et de nationalité française, il est constant que ces derniers sont majeurs. Si la fille du requérant, qui vit désormais en région parisienne, a hébergé son père de 2018 à 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'ils ont vécu éloignés l'un de l'autre la majeure partie de leur existence, cette dernière indiquant à cet égard avoir bénéficié de l'assistance de son père quand elle avait entre 4 et 9 ans. Quant au fils du requérant, il vit en Seine-Maritime et M. B ne justifie pas des liens actuels qu'il entretiendrait avec lui, ni des liens passés. Si l'intéressé se prévaut également de sa relation avec sa sœur, de nationalité française, l'attestation de cette dernière indiquant qu'elle est en contact avec son frère et qu'il lui apporte un soutien psychologique très important n'est pas, compte tenu de ce qui précède, suffisante pour établir que M. B aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. De plus, l'intéressé ne justifie pas des relations effectives qu'il entretiendrait avec ses trois petits-enfants et quatre neveux présents en France. En outre, quand bien même ses deux parents sont décédés, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu de toutes attaches, notamment personnelles et amicales au Congo, pays dans lequel il a vécu la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l'intéressé est engagé au sein d'associations caritatives et a suivi des formations d'apprentissage du français, alors qu'il ne conteste pas s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 11 février 2022, il ne remplissait pas, à défaut de liens suffisamment intenses, stables et anciens en France, les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet, qui n'a pas commis d'erreur de fait, pouvait à bon droit lui refuser un titre de séjour pour ce motif.

5. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En cinquième lieu, le requérant ne justifie pas, par les éléments qu'il produit, qu'il serait exposé à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie en cas de retour au Congo alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la " situation d'insécurité qu'il rencontre au Congo " constituerait une considération humanitaire de nature à lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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