Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400273

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 15 février 2024, M. B A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas suffisamment motivé sa décision à l'aune de cet article ;

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant guinéen né le 4 décembre 2001, M. A déclare être entré sur le territoire français le 15 août 2017 à l'âge de 15 ans et 9 mois. Le 14 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de ses liens personnels et familiaux en France et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A était en France, pays qu'il a rejoint avant l'âge de 16 ans, depuis plus de 6 années à la date de la décision contestée. Il y a obtenu un CAP de conducteur d'installations de production et a poursuivi sa scolarité jusqu'au terme de l'année scolaire 2021-2022 sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier qu'il ait validé les 2 années de formation postérieures à l'obtention de son CAP. S'il a signé un contrat en tant qu'éducateur sportif le 28 août 2023 avec l'association " Remise en Jeu ", pour un salaire de 1 760 euros par mois, ce contrat signé récemment est à durée déterminée et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une autorisation de travail en France aurait été délivrée pour permettre à l'intéressé d'occuper cet emploi. En outre, si M. A se prévaut d'une relation amoureuse depuis 2021 avec une compatriote guinéenne, titulaire d'une carte de résident, il ressort des pièces du dossier que les intéressés ne vivent pas ensemble, que M. A n'a pas fait état de cette relation dans sa demande de titre de séjour alors qu'il n'apporte par ailleurs à l'instance aucun élément, autre qu'une attestation de cette compatriote, justifiant de la régularité et de l'intensité des liens qu'il entretient avec cette personne. De plus, il ressort de la demande de titre de séjour que M. A dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent sa mère et ses trois frères et sœurs. Dans ces conditions, et quand bien même l'intéressé fait des efforts pour s'intégrer en France notamment au travers de la pratique du football, en refusant de l'admettre au séjour, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

3. En second lieu, et d'une part, la décision vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait notamment état de ce que l'intéressé ne justifie d'aucune ancienneté de travail en France et travaille alors qu'il n'y a pas été autorisé. D'autre part, l'intéressé ne justifie pas par le seul contrat de travail signé récemment, son engagement sportif et sa durée de présence en France depuis août 2017 qu'il présenterait des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 susmentionné. Par suite, le préfet, qui a suffisamment motivé sa décision au regard de cette dernière disposition, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre à l'intéressé sur le fondement de son pouvoir d'admission exceptionnelle au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet de la Haute-Vienne aurait considéré, à tort, que cette décision n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant. Le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de ce que le préfet n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation et aurait commis une erreur de droit doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le préfet de la Haute-Vienne ne peut être regardé comme ayant méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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