Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400283
mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400283 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées le 17 février 2024 et le 20 février 2024, M. B A, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, l'a obligé à se présenter du lundi au vendredi à 9 heures au commissariat de police de Limoges et lui a interdit de sortir de la commune de Limoges sans autorisation écrite de sa part.
Il soutient que :
- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 20 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Siquier, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Siquier a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 février 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 1, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi./ () Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre. ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. M. A, ressortissant algérien, est né en 1988 à Achaacha. Le préfet de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français une première fois le 29 mars 2021. Le 20 juin 2023, le préfet de la Haute-Vienne lui a fait de nouveau obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. S'il se prévaut d'une vie commune avec une ressortissante française depuis trois mois il ne l'établit pas. Par la production de deux attestations non circonstanciées, il ne démontre pas plus entretenir en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité. En outre, il ne démontre pas plus être dépourvu de toute attache en Algérie où réside sa mère et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En second lieu, le requérant soutient que la décision contestée qui lui porte obligation de se présenter cinq fois par semaine au commissariat de police de Limoges n'est pas compatible avec les contraintes inhérentes à sa vie privée et à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, par les pièces qu'il produit, il ne justifie pas qu'il serait dans l'incapacité de se déplacer et que cette mesure présenterait un caractère excessif au regard de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, l'a obligé à se présenter du lundi au vendredi à 9 heures au commissariat de police de Limoges et lui a interdit de sortir de la commune de Limoges sans autorisation écrite de sa part doivent être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er: M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2: Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tierney-Hancock et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024 à 16h30.
Le magistrat désigné,
H. SIQUIERLa greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
No 2400283
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