Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400292
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400292 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 19 février, 21 février et 23 février 2024, M. C D, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- ce refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet pour accorder un titre de séjour " salarié " ;
- il méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les autres décisions :
- elles sont illégales en raison de l'illégalité du titre de séjour sur lequel elles se fondent.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
La clôture d'instruction a été fixée au 12 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né le 17 avril 1987, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. L'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône le 17 mars 2021. Il a sollicité le 26 septembre 2023 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 4 décembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à sa demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours tout en fixant le pays de renvoi.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Les dispositions précitées sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis exceptionnellement à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de semblables modalités d'admission au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
3. M. D soutient que, même démuni d'un visa de long séjour, il justifiait d'une situation exceptionnelle de nature à lui ouvrir droit à un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le cadre du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet. Les seuls éléments versés au dossier, à savoir des bulletins de salaire couvrant l'année 2021 et 2022, un reçu pour solde de tout compte établi par le responsable d'un salon de coiffure le 30 septembre 2023 et une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée dans un autre salon de coiffure établie le 19 février 2024, ne permettent pas de justifier de l'existence de motifs exceptionnels de nature à considérer que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne délivrant pas à M. D un titre de séjour portant la mention " salarié " sur la base de son pouvoir de régularisation.
4. En second lieu, si M. D, indique vivre avec Mme E, une compatriote algérienne, actuellement enceinte et avec laquelle il a eu une fille A B née le 23 juin 2022, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de titre de séjour déposée par le requérant le 26 septembre 2023, que sa compagne est en situation irrégulière de sorte qu'elle n'a pas vocation à demeurer en France. Dans ces conditions, et alors, d'une part, que l'intéressé s'est soustrait à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 17 mars 2021 dans les conditions mentionnées au point 1, d'autre part, qu'il ne démontre pas être privé d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où sa compagne a vocation à être reconduite avec leurs enfants, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
Sur les autres décisions :
5. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire et de celle fixant le pays de renvoi doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. D est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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