Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400332
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400332 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2024, M. B A, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure à défaut d'avis préalablement rendu par la commission du titre de séjour ;
- cette décision méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- cette décision méconnaît les dispositions de la circulaire Valls du 28 novembre 2012, relative à l'admission exceptionnelle au séjour ;
- alors que, pour des nécessités liées aux études, il pouvait prétendre à un titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance de ce titre de séjour au seul motif qu'il ne justifiait pas d'un visa de long séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;
- le préfet de la Haute-Vienne n'a pas procédé à un examen personnalisé de sa situation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- le préfet de la Haute-Vienne n'a pas fait un examen réel et sérieux de sa situation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 mars 2024 à 17h.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 4 juillet 2002, M. A est entré en France le 16 janvier 2020 avec un visa de court séjour. Par un arrêté du 2 novembre 2020, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 17 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 5 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté. Il doit aussi être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 18 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de l'arrêté du 5 décembre 2023.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 2 novembre 2020, M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il n'a pas respectée, et qu'il se maintient irrégulièrement en France depuis plusieurs années. En outre, ne justifiant pas disposer en France de liens familiaux ou personnels d'une particulière intensité, il n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait pas reprendre ses études en Algérie. Dans ces conditions, malgré ses résultats scolaires globalement satisfaisants et la conclusion d'un contrat d'apprentissage pour la période allant du 6 novembre 2023 au 31 août 2025 duquel il tire un revenu mensuel d'environ 1 300 euros, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent donc être écartés. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
3. En deuxième lieu, la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui ne sont pas utilement invocables à l'appui d'un recours dirigé contre une décision portant refus de titre de séjour. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire.
4. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 issu du troisième avenant signé le 11 juillet 2001 : " Les ressortissants algériens qui () font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".
5. Contrairement à ce que fait valoir M. A, le préfet de la Haute-Vienne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " au seul motif qu'il ne justifiait pas du visa de long séjour exigé par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 2, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur ce motif pour lui refuser la délivrance de ce titre de séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Le préfet n'est tenu, en application des articles L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en France. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été indiqué précédemment que les moyens tirés, d'une part, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde, d'autre part, de ce que cette mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A doivent être écartés.
8. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas fait un examen personnalisé de la situation de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, que les moyens tirés, d'une part, par voie d'exception, de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde, d'autre part, de ce que cette interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A doivent être écartés.
10. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
J. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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