Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400346
jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 février 2024, M. C B, représenté par Me Pion, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024, par lequel le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté, pris dans son ensemble, ne justifie pas de sa compétence ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé, et notamment la décision fixant le pays de destination, révélant par là également un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la mesure ne pouvait légalement intervenir sans qu'il ait été mis en mesure de présenter préalablement ses observations ;
- en l'exposant à des risques de traitements inhumains et dégradants, l'obligation de quitter le territoire en litige est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Josserand-Jaillet,
- et les observations de Me Pion, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant afghan né le 28 août 1997 à Pir Mazid, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 10 septembre 2022 en France où il a demandé l'asile le 21 septembre 2022. Sa demande a été rejetée le 19 janvier 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 août 2023. Par un arrêté du 31 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes du dispositif de l'arrêté du 31 janvier 2024, éclairé par sa motivation, dont M. B demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet d'abroger l'attestation de demande d'asile de l'intéressé, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée l'intéressé ou de lui refuser le séjour autrement que par le rejet de sa demande d'asile. Il suit de là que le préfet de la Haute-Vienne a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige.
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait, ou l'abrogation, ainsi opérés acquièrent un caractère définitif faute d'être critiqués dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
4. Postérieurement à l'introduction de la présente instance, le préfet de la Haute-Vienne a délivré à M. B, le 27 mars 2024, une attestation de demande de réexamen de demande d'asile. Cette attestation, en ce qu'elle autorise l'intéressé à séjourner, en qualité de demandeur d'asile, sur le territoire pendant l'examen, par l'Ofpra, en procédure accélérée, de sa demande de réexamen de demande d'asile, emporte nécessairement, à compter de sa date de validité, l'abrogation de l'arrêté en litige. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la mesure d'éloignement constituée par ce dernier n'a reçu aucune exécution pendant la période où elle était en vigueur, tandis que l'intéressé n'a dirigé ses conclusions que contre l'obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 31 janvier 2024, sans mettre en cause le retrait de l'attestation de demande d'asile. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu pour le tribunal de statuer sur les conclusions de M. B, désormais privées d'objet, tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances particulières de l'espèce, de laisser à la charge de M. B, par ailleurs bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, les frais exposés par lui à l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie en sera adressée pour information à Me Pion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le magistrat désigné,
D. Josserand-Jaillet
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
A. BLANCHON
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