Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400348
mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er mars 2024 et un mémoire enregistré le 22 mars 2024, M. B E, représenté par Me Plas, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 janvier 2024 par laquelle le président du conseil départemental de la Corrèze a suspendu son agrément d'assistant familial pour une durée de quatre mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge du département de la Corrèze une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il se trouve privé de son emploi et de toute rémunération ; la suspension lui cause en outre un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
' il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;
' elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le président du conseil départemental de la Corrèze a méconnu les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, en ce que les informations portées à sa connaissance ne sont pas explicitées ;
' elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le président du conseil départemental de la Corrèze ne démontre pas le caractère suffisant de vraisemblance et de gravité qui justifiait de suspendre en urgence son agrément d'assistant familial ;
' la circonstance selon laquelle le président du conseil départemental de la Corrèze aurait été informé d'informations préoccupantes et qu'une enquête pénale serait en cours, n'est pas de nature à justifier la suspension de son agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le département de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
' il bénéficie du maintien à l'identique de sa rémunération, à l'exception des indemnités d'entretien non dues ;
' il ne démontre ni les difficultés financières auxquelles il serait confronté du fait de la décision litigieuse ni l'impossibilité de faire face à ses charges ;
' la mesure de suspension emporte des effets temporaires, puisque l'interdiction d'exercice est de quatre mois ;
' l'intérêt public de la mesure de suspension s'attache à la sauvegarde de l'intérêt supérieur des enfants ;
' le requérant a attendu l'extrême limite du délai de recours contentieux pour saisir le juge des référés ;
- aucun moyen soulevé par le requérant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2400341, enregistrée le 1er mars 2024, par laquelle M. E demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Plas, représentant M. E,
- et les observations de M. D, représentant le département de la Corrèze.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, assistant familial agréé depuis le 20 mai 2017, a reçu le diplôme d'Etat d'assistant familial le 1er juillet 2020. Son agrément a été renouvelé le 24 mars 2022 à compter du 20 mai 2022. Suite à la communication d'informations préoccupantes, le président du conseil départemental de la Corrèze a suspendu son agrément pour une durée du quatre mois. M. E demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision du 5 janvier 2024, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Aux termes des alinéas 3 et 4 de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. ".
5. Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux. Il peut procéder à la suspension de l'agrément lorsque ces éléments revêtent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révèlent une situation d'urgence, ce dont il lui appartient le cas échéant de justifier en cas de contestation de cette mesure de suspension devant le juge administratif, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale.
7. Il résulte de l'instruction, que M. E ne démontre aucune urgence financière caractérisant une atteinte grave et immédiate à sa situation dès lors que, pendant la période de suspension de quatre mois, le salaire de l'assistant familial dont l'agrément a été suspendu est maintenu à l'exception des indemnités liées à l'entretien des enfants accueillis. Il en est de même de la circonstance selon laquelle la situation préjudicierait gravement à la santé psychologique du requérant et à ses conditions d'existences, argumentation qui n'est nullement étayée. En outre, la décision de suspension d'agrément pour une durée de quatre mois a été prise le 5 janvier 2024 et sa période de validité est, pour l'essentiel, écoulée. Dès lors, la condition d'urgence nécessitant de prononcer à bref délai une mesure provisoire de suspension n'est pas remplie.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par M. E sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E et aux départements de la Corrèze et du Cantal.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.
Le juge des référés,
D. A
Le greffier en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef,
La Greffière
M. C
if