Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400356

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2024 et le 7 mars 2024, M. A D , représenté par Me Gaffet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

Il soutient que :

Les décisions :

- sont entachées d'incompétence ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sont contraires à l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs au regard de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 et de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Crosnier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant macédonien né le 13 mars 1984, est entré en France le 13 mai 2023 en provenance d'Allemagne sous couvert d'un visa D valable jusqu'au 4 novembre 2023. Le 27 octobre 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par son arrêté du 12 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à l'expiration de ce délai. M. D conteste ces décisions.

2. En premier lieu, Mme B C, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de ce département en date du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. D est entré en France depuis moins d'un an avec son épouse et son dernier fils, mineur de dix ans, après avoir fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement lors de ses précédents séjours. S'il soutient vouloir vivre en France où résident ses parents à qui ses deux premiers enfants, âgés respectivement de vingt-et-un et dix-sept ans, ont été confiés depuis 2018, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretient des liens particulièrement intenses et stables avec ces derniers alors qu'il vivait séparé d'eux depuis plusieurs années. Il n'établit pas ne pas disposer d'autres attaches familiales dans son pays d'origine, la Macédoine du nord, pays vers lequel son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante, garantissant le maintien de la cellule familiale, et au sein duquel son dernier fils pourra poursuivre sa scolarité. M. D ne justifie pas de son insertion sociale et professionnelle, et la promesse d'embauche qu'il produit ne constitue pas un motif permettant son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, les décisions attaquées n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Conformément à l'obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe 1 de l'article 9, toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence. Les États parties veillent en outre à ce que la présentation d'une telle demande n'entraîne pas de conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leur famille. () ".

6. Ces stipulations, relatives à la réunification familiale, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre des décisions en litige relatives au séjour, lesquelles n'ont pas pour objet de rejeter une demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les décisions de refus de délivrer un titre de séjour à M. D et l'obligeant à quitter le territoire français n'ont pas méconnu les dispositions de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les Etats membres tiennent dûment compte : a) de l'intérêt supérieur de l'enfant ; b) de la vie familiale, c) de l'état de santé du ressortissant concerné d'un pays tiers, et respectent le principe de refoulement ".

10. Les dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ont été transposées en droit interne, par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité et son décret d'application du 8 juillet 2011. Ainsi, M. D ne peut utilement invoquer l'article 5 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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