Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400360

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400360
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 5 mars 2024, le préfet de la Corrèze demande au tribunal de rectifier les résultats issus du premier tour de scrutin de l'élection municipale partielle de la commune de Condat-sur-Ganaveix qui s'est tenu le 3 mars 2024.

Il soutient que l'examen des bulletins et enveloppes nuls annexés au procès-verbal a fait apparaître que trois bulletins avaient été à tort déclarés nuls et devaient être pris en considération, conduisant à un nombre de suffrages exprimés de 284 voix, soit une majorité absolue de 143 voix ; M. Q ayant obtenu 141 voix ne remplit pas les conditions de l'article L. 253 du code électoral pour être proclamé élu au premier tour de scrutin.

Par des mémoires enregistrés les 11 et 12 mars 2024, M. I Q conclut au rejet du déféré préfectoral.

Il soutient qu'il a obtenu 141 voix, ce qui est supérieur au quart des électeurs inscrits ; les habitants ne se sentent pas concernés par cette objection qui les obligerait à aller voter une nouvelle fois ; aucun membre du bureau participant au dépouillement n'a contesté le résultat ni les 17 bulletins annulés.

Vu :

- le procès-verbal des opérations électorales en cause et les documents annexés y afférents ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- les conclusions de Mme M,

- les observations de M. Q.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que la commune de Condat-sur-Ganaveix, qui comprend moins de 1 000 habitants, a organisé des élections municipales partielles afin de compléter son conseil municipal par l'élection de cinq conseillers municipaux. Cinq candidats ont été proclamés élus le 3 mars 2024 à l'issue du premier tour de scrutin de ces opérations électorales. Par un déféré, enregistré le 5 mars 2024, le préfet de la Corrèze demande au tribunal de rectifier les résultats du premier tour de cette élection en ce que M. Q a été proclamé élu.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 66 du code électoral : " Les bulletins ne contenant pas une désignation suffisante ou dans lesquels les votants se sont fait connaître, les bulletins trouvés dans l'urne sans enveloppe ou dans des enveloppes non réglementaires, les bulletins écrits sur papier de couleur, les bulletins ou enveloppes portant des signes intérieurs ou extérieurs de reconnaissance, les bulletins ou enveloppes portant des mentions injurieuses pour les candidats ou pour des tiers n'entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement. / Mais ils sont annexés au procès-verbal ainsi que les enveloppes non réglementaires et contresignés par les membres du bureau. / Chacun de ces bulletins annexés doit porter mention des causes de l'annexion. / Si l'annexion n'a pas été faite, cette circonstance n'entraîne l'annulation des opérations qu'autant qu'il est établi qu'elle a eu pour but et pour conséquence de porter atteinte à la sincérité du scrutin ". Aux termes de l'article R. 66-2 du code électoral : " Sont nuls et n'entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement : 1° Les bulletins ne répondant pas aux prescriptions légales ou réglementaires édictées pour chaque catégorie d'élections, à l'exception de la prescription relative au grammage, ce dernier pouvant être de 60 à 80 grammes par mètre carré ; / 2° Les bulletins non conformes aux dispositions de l'article

L. 52-3 ; / 3° Les bulletins comportant une modification de l'ordre de présentation des candidats ; / 4° Les bulletins imprimés d'un modèle différent de ceux qui ont été produits par les candidats ou qui comportent une mention manuscrite ; / 5° Les circulaires utilisées comme bulletin ; / 6° Les bulletins manuscrits lors des scrutins de liste. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables à l'élection des conseillers municipaux dans les communes de moins de 1 000 habitants à l'exception du 2°, sans préjudice toutefois du dernier alinéa de l'article L. 257 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 252 du code électoral : " Les membres des conseils municipaux des communes de moins de 1000 habitants sont élus au scrutin majoritaire ". Aux termes de l'article L. 253 du code électoral : " Nul n'est élu au premier tour de scrutin s'il n'a réuni : 1° La majorité absolue des suffrages exprimés ; / 2° Un nombre de suffrages égal au quart de celui des électeurs inscrits () ". Aux termes de l'article L. 257 du même code : " Sont valables les bulletins déposés dans l'urne comportant plus ou moins de noms qu'il n'y a de conseillers à élire. / Les derniers noms inscrits au-delà de ce nombre ainsi que les noms des personnes qui n'étaient pas candidates ne sont pas décomptés ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que quatorze bulletins n'ont pas été pris en compte dans les suffrages exprimés, au motif qu'ils comporteraient " des signes intérieurs ou extérieurs de reconnaissance ". Si deux d'entre eux comportent un ou plusieurs noms rayés, ainsi qu'un nom ajouté à la main, pour l'un de ces bulletins, le nom d'un candidat et pour l'autre le nom d'une personne non candidate, ces mentions ne font pas obstacle à ce que la volonté des auteurs de ces votes soit regardée comme ayant été clairement exprimée et ne peuvent davantage être regardées comme permettant de discerner l'identité du votant. En outre, si le troisième bulletin est composé des deux listes, dont cinq noms au total sont rayés et cinq noms sont entourés, ces mentions permettent, au vu du nombre de conseillers municipaux à élire, d'exprimer clairement la volonté de l'auteur de ce vote, sans permettre de discerner l'identité du votant. Par suite, trois des quatorze bulletins déclarés nuls doivent être pris en compte dans les suffrages exprimés, soit 284, et il y a lieu d'attribuer en conséquence des voix supplémentaires aux candidats désignés sur ces trois bulletins. Ainsi, M. C R doit se voir accorder une voix, Mme S F, Mme J N, M. H O et M. B T doivent se voir chacun attribuer une voix supplémentaire, Mme E L deux voix supplémentaires et Mme G A et M. K P doivent se voir attribuer chacun trois voix supplémentaires.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et de la feuille de proclamation des élus annexée au procès-verbal du recensement général des votes que cinq candidats ont été formellement proclamés élus à l'issue du premier tour, dont M. I Q, alors que ce dernier a obtenu 141 voix. Le nombre de suffrages exprimés étant de 284 voix, M. I Q n'a pas obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés de 143 voix lors du premier tour, si bien qu'il ne pouvait pas être déclaré élu à l'issu du premier tour du scrutin. En revanche, il résulte de l'instruction que M. K P (qui a obtenu 150 voix), M. B T (qui a obtenu 148 voix), Mme E L (qui a obtenu 153 voix) et Mme G A (qui a obtenu 151 voix) figurent, pour leur part, à bon droit sur la liste des candidats proclamés élus le 3 mars 2024, si bien qu'un seul siège de conseiller municipal reste dès lors à pourvoir pour le second tour.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corrèze est fondé à demander la rectification des résultats du premier tour de l'élection municipale partielle de la commune de Condat-sur-Ganaveix, auquel il a été procédé le 3 mars 2024 et l'annulation de l'élection de M. I Q en qualité de conseiller municipal à l'issue de ce scrutin.

D E C I D E :

Article 1er : L'élection de M. I Q à l'issue du premier tour de scrutin des élections municipales partielles qui s'est tenu dans la commune de Condat-sur-Ganaveix le 3 mars 2024 est annulée.

Article 2: Le procès-verbal des opérations électorales et la feuille de proclamation relatifs au premier tour des élections municipales partielles qui s'est tenu dans la commune de Condat-sur-Ganaveix le 3 mars 2024 sont rectifiés dans les conditions indiquées aux points 4 et 5 du jugement.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corrèze et à M. I Q. Une copie en sera adressée, pour information, au maire de la commune de Condat-sur-Ganaveix.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère.

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière d'audience,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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