Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400370

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400370
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2024, l'association Lak Marcandella section tennis demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions implicites par lesquelles le maire de la commune d'Objat, d'une part, a rejeté sa demande tendant à ce qu'elle soit autorisée à utiliser les installations tennistiques de la commune et, d'autre part, a refusé de l'inscrire sur la liste des associations de la commune ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Objat de la considérer comme une association de la commune, avec effet à compter du mois d'octobre 2023 ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune d'Objat d'établir un calendrier d'utilisation des installations tennistiques de la commune ou, subsidiairement, de lui donner un accès provisoire à ces installations les soirs de la semaine à partir de 17h00, les mercredis, samedis et dimanches ainsi que les jours de vacances scolaires ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Objat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- compte tenu du traitement discriminatoire opéré par le maire de la commune d'Objat entre elle-même et le Tennis club objatois (TCO), alors qu'elles sont deux associations sportives à l'objet identique, la décision lui refusant l'accès aux installations tennistiques de la commune est entachée d'un doute quant à sa légalité en ce qu'elle méconnaît le principe d'égalité ; en outre, aucun motif ne justifie cette décision ;

- l'urgence de la situation est réelle : en raison de tensions avec le président du TCO, M. Marcandella, président de l'association, a fait le choix d'inscrire ses trois enfants, seuls joueurs actuels de l'association, au sein du club de tennis de Brive-la-Gaillarde ; en outre, deux de ses enfants s'entrainant deux fois par semaine à Limoges, il effectue 550 km par semaine, ce qui engendre des frais très conséquents ; la situation financière de l'association, dont les seules ressources proviennent des dons des époux Marcandella, est devenue, de ce fait, très tendue ; en effet, les revenus de la famille ne permettent plus de financer l'association et les déplacements pour les entraînements personnels des trois enfants concernés ; aujourd'hui, l'utilisation des équipements tennistiques municipaux devient la seule solution pour que ceux-ci et les futurs autres membres de l'association puissent continuer à pratiquer le tennis de haut niveau.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 novembre 2023 sous le n° 2301983 par laquelle l'association Lak Marcandella section tennis demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Lak Marcandella section tennis, déclarée auprès de la sous-préfecture de Brive-la-Gaillarde en août 2022, a pour objet d'œuvrer au développement du tennis et de " permettre aux enfants D, B et C Marcandella () d'atteindre () le haut niveau du tennis français tout d'abord, puis du tennis international si possible, notamment par l'octroi, principalement, de moyens humains, financiers, matériels (). Par un courrier du 1er septembre 2023, le président de l'association et père desdits enfants, M. A Marcandella, a sollicité du maire de la commune d'Objat l'autorisation de pouvoir utiliser les infrastructures tennistiques municipales puis, le 20 octobre suivant, il a demandé l'inscription de l'association au nombre des associations communales. Face au silence gardé par le maire sur ses demandes, l'association Lak Marcandella tennis club demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions implicites par lesquelles celui-ci a refusé, d'une part, de l'inscrire sur la liste des associations de la commune et, d'autre part, de l'autoriser à utiliser les installations tennistiques de la commune.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à ce que soit suspendue l'exécution des décisions litigieuses, l'association requérante se prévaut des difficultés financières qu'elle rencontre, ses dépenses ayant principalement trait aux frais engagés pour permettre l'entraînement, en dehors de la commune d'Objat sur le territoire de laquelle ils résident, des trois enfants qui en sont membres. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la facture émise par l'association Cab Tennis, que le père de ces derniers les a inscrits au sein d'un club de tennis de la commune de Brive-la-Gaillarde le 27 septembre 2023, soit avant l'expiration du délai de deux mois ayant suscité la naissance de la première décision implicite contestée et avant même que soit déposée la seconde demande en cause tendant à ce que l'association soit inscrite au nombre des associations communales. En outre, les frais de déplacement, d'hébergement et de logistique exposés par l'association requérante pour permettre la participation des enfants concernés à des compétitions sportives sont indépendants de la possibilité d'utiliser les équipements communaux. Dans ces circonstances, le préjudice financier dont se prévaut l'association Lak Marcandella section tennis ne peut être regardé comme résultant de l'exécution des décisions contestées. Il suit de là que la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 et de rejeter la requête, dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association Lak Marcandella section tennis est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Lak Marcandella section tennis. Une copie en sera adressée pour information à la commune d'Objat.

Limoges, le 27 mars 2024.

Le juge des référés,

D. ARTUS

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière

M. DELAGE

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