Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400392

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. A B, représenté par Me Charoing, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 9 février 2024 ;

- le préfet de la Haute-Vienne n'a pas procédé à un examen approfondi et circonstancié de sa situation, notamment de son état de santé qui explique qu'il n'a pu poursuivre ses études, en particulier la rupture de son contrat en alternance ;

- la décision lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français le prive de son droit à exercer utilement la défense de ses intérêts dans le cadre de la procédure juridictionnelle engagée devant le conseil de prud'hommes concernant la rupture de son contrat d'alternance.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. B a produit des pièces, enregistrées le 20 mai 2024 postérieurement à l'intervention de la clôture d'instruction, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet, rapporteur,

- et les observations de Me Charoing, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant chinois né le 19 juin 1997, M. B est entré en France le 23 novembre 2016 avec un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 5 novembre 2023. Le 23 octobre 2023, il a demandé un changement de statut en vue d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, Mme C E, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de ce département du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 9 février 2024 manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation de M. B, notamment des éléments relatifs à son état de santé, avant de lui refuser la délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que, depuis son entrée en France en 2016, M. B a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 5 novembre 2023, ces titres de séjour ne lui donnaient pas vocation à rester durablement en France après le suivi de ses études. En outre, s'agissant de son parcours d'études, s'il a obtenu un DUT spécialité techniques de commercialisation en 2019 et une licence en droit, économie, gestion en 2021, il n'est ni établi ni même soutenu qu'il aurait mené à terme la formation à laquelle il s'est inscrit au sein de l'école Excellia Business School à La Rochelle au titre de l'année universitaire 2021-2022 et il ressort des pièces du dossier qu'il ne justifie d'aucune inscription à une formation de l'enseignement supérieur au titre de l'année 2023-2024. Par ailleurs, s'il se prévaut de ses problèmes de santé, qui l'auraient selon lui contraint à abandonner les études qu'il menait en France, M. B n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'avis du 16 janvier 2024 par lequel le collège des médecins de l'Ofii a considéré qu'un défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Célibataire et sans enfant, M. B ne justifie pas disposer de liens privés et familiaux d'une particulière intensité en France. A l'inverse, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches en Chine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et où résident notamment ses deux parents. Compte tenu de ces éléments, et en dépit de ses activités associatives, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a entaché sa décision de refus de délivrance d'un titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français :

6. M. B soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français le prive de son droit à exercer utilement la défense de ses intérêts dans une procédure juridictionnelle devant le conseil de prud'hommes concernant la rupture de son contrat d'alternance. Toutefois, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que le requérant puisse faire valoir utilement ses droits, dès lors notamment qu'il peut se faire représenter pour la défense de ses intérêts. Au demeurant, à supposer que la procédure juridictionnelle devant le conseil de prud'hommes qu'il invoque soit susceptible d'aboutir à un jugement favorable qui serait de nature à lui permettre de solliciter à nouveau un titre de séjour en qualité d'étudiant, cette circonstance est sans incidence sur son droit à la délivrance du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'il a sollicité.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

J. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS La greffière,

M. GUICHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. GUICHON

mf