Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400394
mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024, M. D A, représenté par Me Preguimbeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas fait application des stipulations de l'accord France-Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 et entré en vigueur le 1er août 2009 ;
- en considérant qu'il ne poursuivait pas sérieusement ses études en France, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
- elles sont illégales dès lors qu'il ne peut être renvoyé vers l'Ukraine, pays en guerre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée, après avoir sollicité une substitution de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par les stipulations des articles 4, 9 et 13 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république du Congo du 31 juillet 1993.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, du 25 octobre 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République du Congo, est entré régulièrement en France le 13 mars 2022 depuis l'Ukraine. Il s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire valable du 11 avril 2022 au 10 octobre 2022, qui a été prolongée jusqu'au 12 novembre 2022. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 31 octobre 2023. Par un arrêté du 19 janvier 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de ce titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur la légalité du refus de renouvellement du titre de séjour :
2. En premier lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve () des conventions internationales ". Aux termes de l'article 4 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo du 31 juillet 1993 : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants congolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-congolaise susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Aux termes de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".
3. Alors que M. A est un ressortissant de la République du Congo, le préfet s'est fondé, à tort, sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de renouveler son titre de séjour " étudiant ". Toutefois, les stipulations de l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo précitées pouvaient servir de base légale à la décision en litige. Ces textes ont une portée équivalente au regard des garanties qu'ils prévoient et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par M. A pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Dès lors, il y a lieu de faire droit à la substitution de base légale sollicitée par le préfet, laquelle ne prive pas M. A de l'application d'une garantie procédurale. Par suite, et alors que l'article 2 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement du 25 octobre 2007 invoqué par le requérant n'est pas applicable à sa situation, le moyen tenant à l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en se fondant sur un texte inapplicable à la situation de M. A et en n'examinant pas sa demande à l'aune de l'accord du 25 octobre 2007 précité doit être écarté.
4. En second lieu, le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, depuis son arrivée sur le territoire français, l'intéressé n'a obtenu aucun diplôme. Scolarisé au titre de l'année scolaire 2022-2023 en 1ère année de BTS contrôle industriel automatique à Limoges, son cursus a été marqué par de très nombreuses absences avant que l'intéressé n'abandonne cette formation au cours du 1er semestre de cette même année scolaire. Il s'est, à compter du 1er septembre 2023, réorienté en 1ère année de BTS management commercial et opérationnel au sein d'un autre établissement. L'intéressé, qui ne produit aucun élément quant à ses notes et à son assiduité depuis le 1er septembre 2023 ne démontre pas une progression ni même un investissement suffisant dans son parcours d'études, sans que les difficultés qu'il invoque pour se déplacer entre Saint-Junien et Limoges et la nécessité pour lui de travailler en parallèle de ses études ne puissent utilement justifier ce manque d'investissement et de résultats. Par suite, eu égard à ce qui a été dit au point 4, le préfet de la Haute-Vienne était fondé à refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ".
6. En troisième lieu, l'intéressé se prévaut de son union avec Mme C, compatriote congolaise avec laquelle il a eu un petit garçon le 24 novembre 2022. Toutefois, les seuls éléments produits au dossier ne permettent pas de justifier du maintien d'une communauté de vie effective entre ces deux ressortissants congolais à la date de la décision en litige alors que l'intéressé a été condamné le 14 septembre 2023 par le tribunal correctionnel de Limoges à 5 mois d'emprisonnement avec sursis pour violences sur sa conjointe et son fils mineur. En outre, l'intéressé, qui se borne à faire état d'un certificat de naissance, n'apporte à l'instance aucun élément quant à sa contribution à l'éducation et à l'entretien de cet enfant. Dans ces conditions, alors que l'intéressé, au vu de ce qui précède, ne démontre pas une intégration notable en France et que la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " ne donne pas vocation à rester durablement en France, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale que le préfet de la Haute-Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi :
6. Il résulte des termes de la décision fixant le pays de renvoi que le préfet a retenu comme pays de destination le pays dont l'intéressé à la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, et alors qu'aucun élément au dossier n'est de nature à établir que l'intéressé serait légalement admissible en Ukraine ni que le préfet aurait entendu l'éloigner effectivement vers ce pays, le moyen tenant à l'impossibilité pour M. A d'être éloigné vers l'Ukraine en raison de la guerre sévissant dans ce pays, doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience publique du 21 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA Le président
D. ARTUS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. B
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