Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400395

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail, ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant guinéen né le 29 septembre 2003, M. A déclare être entré en France en août 2019. Confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne par un jugement en assistance éducative du 13 janvier 2020, il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 10 septembre 2021 au 9 septembre 2022, renouvelé jusqu'au 9 septembre 2023. Le 4 août 2023, se prévalant d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en qualité de maçon établie le 4 mai 2023 par la SARL AZTP, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Toutefois, après avoir renoncé à cette promesse d'embauche, il a sollicité, par un courriel du 10 novembre 2023, un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son entrée sur le territoire français, M. A a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne et qu'il a suivi, au titre de l'année 2020-2021, une 1ère année de CAP Carreleur Mosaïste pendant laquelle il a eu des résultats satisfaisants. Il ressort également des pièces du dossier qu'au cours de la période de deux ans pendant laquelle il a séjourné régulièrement en France sous couvert de titres de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", M. A a conclu, avec la SARL AZTP, un contrat de professionnalisation ayant produit ses effets sur la période du 13 septembre 2021 au 8 septembre 2023. Pendant cette période, M. A a donné satisfaction à son employeur, s'est vu verser une rémunération à hauteur notamment de 10 670 euros pour l'année 2022 ainsi qu'il ressort de l'avis d'impôt sur le revenu qu'il produit, et a obtenu son permis de conduire, son certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES), son certificat de secourisme et un titre professionnel de " maçon en voirie et en réseaux divers ". S'il a finalement renoncé à la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée qui lui a été faite par la SARL AZTP au motif que les conditions d'emploi n'étaient pas conformes au droit du travail, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'à compter du 9 octobre 2023, il a été employé en qualité d'intérimaire par la SAS Ets CONTAMINE, laquelle lui a adressé, le 12 février 2024, une promesse d'embauche pour un poste de conducteur d'engins avec un salaire de 1 853,41 euros bruts par mois. Si cette promesse a été faite postérieurement à l'arrêté en litige, elle confirme toutefois qu'antérieurement à cet arrêté M. A a donné satisfaction à la SAS Ets CONTAMINE en qualité d'intérimaire. Quand bien même il est célibataire et sans enfant, le requérant, qui vit en France de manière régulière depuis plus de quatre ans, est fondé à soutenir, dans les circonstances particulières de l'espèce, que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des autres décisions contenues dans l'arrêté du même jour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Compte tenu du motif sur lequel elle repose, l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Vienne, sous réserve de l'absence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Le préfet de la Haute-Vienne devra exécuter cette injonction dans un délai de deux mois. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 janvier 2024 du préfet de la Haute-Vienne est annulé.

Article 2 : Sous réserve de l'absence d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

J. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. B

mf