Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400398
mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 13 mars 2024, M. A C représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail ou de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant de nationalité turque né le 10 mai 1999, est entré irrégulièrement sur le territoire français sans visa le 5 novembre 2019 selon ses dires. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), puis par la CNDA le 21 décembre 2021. Le 6 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 8 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. Si le requérant, qui n'a pas d'enfant, se prévaut de son ancienneté de présence en France de 4 années, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a été en situation régulière dans ce pays que pendant la durée de sa demande d'asile. S'il se prévaut également de son mariage avec une ressortissante française, cette union, célébrée le 5 août 2023 à Limoges, était récente à la date de la décision contestée, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier l'existence d'une communauté de vie ancienne entre les deux conjoints, antérieurement à ce mariage. Enfin, si M. C produit un certificat médical du 4 mars 2024 faisant état de ce que sa compagne souffre de troubles bipolaires, d'une part, ces troubles font l'objet d'une prise en charge médicamenteuse, d'autre part, aucune pièce du dossier ne démontre le caractère indispensable de la présence de M. C aux côtés de son épouse pour assurer la stabilité de l'état de santé de cette dernière. Dans ces conditions et alors, d'une part, que l'intéressé s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre le 15 février 2022 et le 6 mars 2023, d'autre part, qu'il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, le préfet de la Haute-Vienne, en refusant de l'admettre au séjour, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
3. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi seraient entachées d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet de la Haute-Vienne aurait considéré, à tort, que cette décision n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant. Le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de ce que le préfet n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation et aurait commis une erreur de droit doit ainsi être écarté.
5. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le préfet de la Haute-Vienne ne peut être regardé comme ayant méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 8 janvier 2024 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière,
M. B
mf