Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400523
vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400523 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, M. B A, représenté par Me Duponteil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé son transfert auprès des autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision est entachée de vices affectant sa légalité interne " car il est indiqué que le relevé des empreintes digitales indique qu'il est identifié en Espagne, endroit où il a séjourné avant de venir en France " ;
- c'est à tort que le préfet indique que les éléments de droit et de fait caractérisant sa situation ne relèvent pas des dérogations prévues par l'article 3-2 ou 17 du règlement UE n° 604/2013 dès lors qu'il a d'ores et déjà présenté une demande d'asile en Espagne qui a été rejetée ;
- son transfert en Espagne aura pour conséquence d'interrompre les soins que son état de santé nécessite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Houssais, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Houssais a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
1. M. B A, ressortissant congolais né le 5 mai 1990, est entré irrégulièrement en France le 18 novembre 2023 selon ses déclarations. Le 23 novembre 2023, il s'est présenté à la préfecture de la Haute-Vienne afin d'y déposer une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait déposé une demande d'asile en Espagne le 15 mars 2023. Les autorités espagnoles ont été saisies le 9 janvier 2024 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18-1 -b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 à laquelle elles ont donné leur accord explicite le 12 janvier 2024 sur le même fondement. Par un arrêté du 18 mars 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Gironde a prononcé son transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile.
2. En premier lieu, si, en se bornant à affirmer que la décision est entachée de vices affectant sa légalité interne " car il est indiqué que le relevé des empreintes digitales indique que M. A est identifié en Espagne, endroit où il a séjourné avant de venir en France ", le requérant a entendu soulever un ou plusieurs moyens, ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment en son article 3. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
4. D'une part, si M. A soutient que le préfet aurait dû le faire bénéficier des dérogations prévues aux articles 3-2 et 17 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 au motif qu'après une période de rétention d'une quinzaine de jours les autorités espagnoles l'ont reconduit en Angola avant de le renvoyer au Congo où il a été de nouveau incarcéré et torturé et souhaite dès lors que sa demande d'asile soit examinée en France, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été ainsi renvoyé dans un pays tiers sans qu'il ait été procédé à l'examen de sa demande et il n'établit pas davantage l'existence de risques personnels constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités espagnoles. D'autre part, M. A qui se borne à soutenir que son transfert entraînera une interruption des soins nécessités par son état de santé dont il ne justifie pas de la réalité n'établit pas qu'il ne pourrait les poursuivre en Espagne alors même que cet Etat dispose d'un système de santé équivalent au système de santé français. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les articles 3 et 17 du règlement du 26 juin 2013.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé son transfert auprès des autorités espagnoles doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024
Le magistrat désigné,
P.-M. HOUSSAISLa greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le greffier en chef,
A. BLANCHON
No 2400523
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