Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400535
mercredi 10 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400535 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024 et complétée le 10 avril 2024, M. A B, représenté par Me Granger, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 février 2024 par lequel la ministre de l'éducation nationale lui a infligé la sanction du déplacement d'office, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la ministre de l'éducation nationale de le réintégrer sans délai dans ses fonctions à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que, d'une part, la sanction litigieuse lui fait grief et que, d'autre part, elle a été introduite dans les délais prévus aux articles R. 421-1 et suivants du code de justice administrative ;
- la condition relative à l'urgence est satisfaite dans la mesure où cette sanction va l'isoler encore davantage géographiquement et socialement, alors qu'il a été placé, en 2016, sur un poste isolé en Guyane, a été placé à l'écart de son emploi durant un an et demi puis a de nouveau été isolé au Blanc depuis cinq ans ; elle fait obstacle à ce qu'il puisse profiter du départ de la flamme olympique dans son collège au mois de mai 2024, évènement qu'il a obtenu de haute lutte dans le département de l'Indre après quatre ans de travail acharné ; elle emporterait des conséquences financières importantes, dont des frais de déménagement en urgence ; par ailleurs, il y a urgence à protéger publiquement son honneur et sa dignité, à mettre un terme à la solitude et à la souffrance psychologique qu'il ressent après avoir été mis à l'écart de son emploi depuis le 7 juillet 2023, à apporter une réponse juste aux usagers, personnels et élèves qui le soutiennent et qui attendent qu'il soit rétabli à son poste ainsi qu'à faire cesser la mauvaise réputation du collège dans le département et l'académie ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
' il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;
' elle est insuffisamment motivée ;
' elle repose sur des faits matériellement inexacts ;
' elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits ;
' elle présente un caractère disproportionné.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 mars 2024 sous le n° 2400520 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. D'une part, les termes de la requête de M. B s'agissant des effets de la mesure contestée sur son isolement, sa souffrance psychologique, son honneur et sa dignité, compte tenu de leur caractère très général et de l'absence de tout élément circonstancié, notamment d'ordre familial et médical, susceptible de venir à leur soutien, ne traduisent pas l'existence d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de l'intéressé. A cet égard, la circonstance que la sanction en litige prive le requérant de la possibilité d'assister au départ de la flamme olympique du collège dans lequel il exerçait ses fonctions, quand bien même il aurait œuvré en vue de la réalisation de cet évènement, ne peut davantage être regardée comme constitutive d'un préjudice suffisamment grave porté à sa situation. En outre, s'il se prévaut des conséquences financières de la décision prononçant son déplacement d'office, et notamment des frais de déménagement en urgence qu'elle impliquerait, la réalité et l'actualité de ceux-ci ne sont nullement démontrées, alors d'ailleurs qu'il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, que sa nouvelle affectation ait encore été décidée.
4. D'autre part, si M. B soutient qu'il y a urgence à faire cesser la mauvaise réputation de son collège dans le département et l'académie, l'article de presse versé au dossier, paru le 3 juillet 2023 et simplement intitulé " Le Blanc : plusieurs plaintes déposées contre le principal du collège des Ménigouttes ", est déjà ancien et est resté isolé.
5. Dans ces conditions, nonobstant les nombreux soutiens dont disposerait le requérant, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut pas être regardée comme remplie. Il y a lieu, par suite, de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code et de rejeter la requête, dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Limoges, le 10 avril 2024.
Le juge des référés,
D. ARTUS
La République mande et ordonne
à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef,
A. BLANCHON
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