Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400566
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400566 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 4 avril, 12 avril et 16 mai 2024, M. D B A, représenté par Me Roux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'une durée d'un an ou de prendre une nouvelle décision sur sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors que s'il a formé sa demande d'aide juridictionnelle le 23 janvier 2024 plus de trente jours après que le pli contenant l'arrêté litigieux a été présenté au CCAS de Limoges, cette circonstance est imputable à un dysfonctionnement de ce CCAS qui ne l'a pas averti de la réception de ce pli ; il n'a eu connaissance de l'arrêté du 21 novembre 2023 qu'à l'occasion de sa remise en mains propres en préfecture le 2 janvier 2024 ;
- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a été signée par une personne incompétente, est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Vienne n'a pas examiné l'opportunité de l'exempter de l'obligation de détenir un visa de long séjour pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " alors même qu'il entrait dans le champ d'application du second alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, méconnaît le 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est nulle en conséquence des illégalités entachant les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable, à titre subsidiaire, comme non-fondée.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet, rapporteur,
- et les observations de Me Roux, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant angolais né le 22 juin 2002, M. A est entré en France en février 2019 muni d'un visa de court séjour valable du 20 décembre 2018 au 20 mars 2019. Par une ordonnance de placement provisoire du 15 mars 2019 et par un jugement en assistance éducative du 29 mars 2019, il a été confié jusqu'à sa majorité au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 10 août 2021 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 avril 2022. Par une décision du 16 décembre 2021, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Le 20 mai 2022, il a fait l'objet d'un arrêté lui retirant son attestation de demandeur d'asile, l'obligeant à quitter le territoire français et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le 25 juillet 2023, il a à nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 21 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
4. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'arrêté du 21 novembre 2023, qui mentionnait la possibilité d'un recours contentieux dans un délai de trente jours devant le tribunal, a été expédié par lettre recommandée avec accusé de réception à l'adresse du CCAS situé 1 square Jacques Chirac à Limoges, conformément à l'élection de domicile constituée à cette adresse communiquée par M. A aux services préfectoraux lors de la présentation de sa demande de titre de séjour. Il ressort également des pièces du dossier que le pli recommandé a été présenté le 22 novembre 2023 au CCAS, que l'avis de passage a été enregistré le 23 novembre 2023 par les services du CCAS, que le pli n'a pas été retiré auprès des services postaux dans le délai de mise en instance et qu'il a été retourné le 16 décembre 2023 à la préfecture avec la mention " avisé et non réclamé ". Alors qu'en faisant élection de domicile à l'adresse du CCAS, il appartenait à M. A de faire preuve de diligences réitérées pour prendre connaissance dans les meilleurs délais des correspondances susceptibles de lui être envoyées à cette adresse, il ne justifie pas des raisons qui l'auraient effectivement empêché d'avoir connaissance en temps utile de la présentation de ce pli ou du dépôt de l'avis de passage, en particulier les 28 novembre 2023 et 13 décembre 2023, seules dates auxquelles, selon une attestation établie le 15 janvier 2024 par une responsable du CCAS qui ne mentionne pas qu'il aurait effectivement demandé au personnel du CCAS s'il avait reçu du courrier, il s'est rendu dans les locaux de cet établissement. Dans ces conditions, le pli contenant l'arrêté du 21 novembre 2023 est donc réputé avoir été régulièrement notifié à M. A le 22 novembre 2023. A la date à laquelle M. A a présenté, le 23 janvier 2024, une demande d'aide juridictionnelle, le délai de recours de trente jours ouvert pour contester l'arrêté du 21 novembre 2023 devant le tribunal était ainsi expiré. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne est fondé à soutenir que la requête de M. A, présentée par son conseil au moyen de l'application Télérecours le 4 avril 2024, est tardive et, par suite, irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. C
mf