Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400580
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. B D, représenté par Me Roux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'une durée d'un an ou de prendre une nouvelle décision sur sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 794 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut d'avis préalable de la commission du titre de séjour ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où il ressort des motifs de l'arrêté du 26 janvier 2024 que le préfet de la Haute-Vienne, qui s'est borné à se prononcer sur les conditions prévues au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas examiné si son épouse, citoyenne de l'Union européenne, satisfaisait aux conditions prévues au 1° de cet article ;
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son épouse démontre, dans le recours qu'elle a formé parallèlement, enregistré sous le n° 2400579, qu'elle dispose du maintien de son droit au séjour en vertu de l'article R. 233-7 de ce code ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'instruction de la demande de titre de séjour sur le fondement du droit à la vie privée et familiale ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant géorgien né le 8 septembre 1983, M. D est entré en France le 26 juillet 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 31 octobre 2019 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 janvier 2020. Par un arrêté du 23 décembre 2019, la préfète de la Haute-Vienne lui a retiré son attestation de demandeur d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la suite, il a fait l'objet de deux arrêtés des 7 janvier 2021 et 18 novembre 2022, lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire et l'obligeant à quitter le territoire français. Le 11 juillet 2023, se prévalant en particulier de son mariage le 28 avril 2023 avec Mme A, ressortissante bulgare, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant d'un citoyen de l'Union européenne. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 233-2 de ce code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois ". Aux termes de l'article R. 233-2 du même code : " En cas de doute, le préfet peut, sans y procéder de façon systématique, vérifier que les conditions mentionnées aux articles L. 233-1, R. 233-7 et R. 233-8 sont satisfaites ".
3. Il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un État tiers dispose d'un droit au séjour en France en qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne dans la mesure où son conjoint remplit lui-même les conditions fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont alternatives et non cumulatives.
4. Pour refuser à M. D la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Mme A, ressortissante de l'Union européenne qu'il a épousée le 28 avril 2023 à Limoges, le préfet de la Haute-Vienne s'est borné à lui opposer " qu'il ne justifie pas disposer de ressources suffisantes pour que sa famille ne devienne pas une charge pour le système d'assistance sociale " dans la mesure où " il est sans emploi et vit majoritairement, de même que son épouse, grâce aux prestations sociales dont bénéficie Mme A pour un montant de 1 086 euros par mois versées par la caisse d'allocations familiales ". Si, ce faisant, le préfet de la Haute-Vienne a nécessairement retenu que la conjointe de M. D ne satisfait pas aux conditions fixées au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a toutefois pas examiné si cette ressortissante de l'Union européenne remplissait la condition alternative fixée au 1° de cet article tenant à l'exercice d'une activité professionnelle en France. Il a ainsi commis une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondée à demander l'annulation de la décision du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, des autres décisions contenues dans l'arrêté du même jour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Eu égard au motif sur lequel elle repose, l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de la situation de M. D, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du conseil de M. D tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme à lui verser sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 après renonciation de la part payée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de la situation de M. D, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. C
mf