Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400610
mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. A B, représenté par Me Kulbastian, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 février 2024 par lequel la préfète de police des Bouches-du-Rhône a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Bouches-du-Rhône de lui restituer son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- son permis de conduire est indispensable à l'exercice de son activité professionnelle ;
- la suspension de son permis de conduire l'expose à être licencié ;
- en raison des conditions de son contrôle judiciaire, l'absence d'exercice de son activité professionnelle l'expose à être placé en détention provisoire ;
Sur le doute sérieux
- l'arrêté litigieux est dépourvu de toute individualisation ;
- la durée de suspension de neuf mois est disproportionnée compte tenu de l'absence de cumul d'infractions, qu'il dispose de la totalité de ses points, qu'il n'a pas commis d'infraction routière depuis plus de quatre ans à l'exception d'une infraction en 2023 et qu'il " a donc un comportement routier général adéquat " ;
- la possession de son permis de conduire est nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle et des revenus que celle-ci lui procure ainsi que de son contrôle judiciaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet de police des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'elle est dépourvue d'urgence et non fondée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 avril 2024 sous le n° 2400585 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté du 6 février 2024.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pierre-Marie Houssais, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. HOUSSAIS a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 6 février 2024, la préfète des Bouches-du-Rhône a suspendu pour une durée de neuf mois la validité du permis de conduire de M. B à la suite d'une mesure de rétention en raison d'un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée établi au moyen d'un appareil homologué. M. B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.
4. Pour justifier de l'urgence à statuer sur sa demande en référé, M. B soutient que son permis de conduire est indispensable à l'exercice de son activité professionnelle au motif que son contrat de travail stipule qu'en raison de la nature de ses fonctions il est amené à se déplacer dans divers régions et lieux du territoire français ainsi qu'à l'étranger, que la suspension litigieuse l'expose à être licencié et que l'absence d'activité professionnelle en résultant le soumet à un risque de placement en détention en raison des conditions fixées par son contrôle judiciaire. Outre que l'intéressé n'établit ni même n'allègue qu'il ne pourrait utiliser d'autres modalités ou moyens de transport pour exercer son activité professionnelle et qu'il ne justifie pas davantage des conséquences dont il se prévaut, il résulte de l'instruction que la suspension temporaire de son permis de conduire par l'autorité administrative répond, eu égard à la nature et à la gravité de l'infraction, en l'espèce une vitesse retenue de 187 km/h sur une voie dont la vitesse était limitée à 110 km/h, à des exigences de protection et de sécurité routière dont il appartient au juge des référés de tenir compte pour apprécier objectivement et globalement si la condition d'urgence prévue par les dispositions susmentionnées est satisfaite. Compte tenu des faits de l'espèce, et eu égard à l'intérêt public rappelé qui s'attache aux objectifs de sécurité routière, la condition d'urgence invoquée par M. B, dont le permis de conduire avait au demeurant fait l'objet d'une suspension provisoire immédiate d'une durée de trois mois à compter du 24 août 2023, ne saurait être regardée comme remplie.
5. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, il y a lieu de rejeter la requête de M. B dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Une copie en sera adressée au préfet de police des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
Le juge des référés
P.-M. HOUSSAIS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
No 2400610
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