Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400615

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400615
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantDMJB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 avril, 7 mai et 30 mai 2024, la société civile immobilière (SCI) Du 7 rue Quesnay, représentée par Me Chadal, demande au juge des référés :

1°) de désigner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, un expert chargé de fixer de manière certaine les limites de propriété entre les parcelles cadastrées section C nos 479, 1200 et 1163 lui appartenant, situées à Jugeals-Nazareth, et la voirie communale ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Jugeals-Nazareth les entiers dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Jugeals-Nazareth une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle doit reconstruire un hangar qui jouxte le mur soutenant la voie communale en limite de sa propriété et solliciter un permis de construire ; or le mur est lui-même affecté de désordres structurels, de sorte qu'il lui est impératif de connaître très exactement les limites de propriété et de savoir si le mur constitue un accessoire de la voirie ;

- alors qu'elle a fait établir un procès-verbal " concourant à la délimitation de la propriété de la personne publique et alignement individuel " et que la délimitation établie par le géomètre-expert a clairement mis en évidence la concordance entre la limite foncière de propriété et la limite de fait de l'ouvrage public, reconnaissant le mur comme accessoire de la voirie, le maire de la commune considère que le mur serait privatif ;

- si la procédure d'alignement a déjà été entreprise, c'est l'interprétation du rapport du géomètre-expert qui pose difficulté car la commune n'a pas tenu compte de ses conclusions en prenant une décision strictement contraire, de sorte que la mesure d'expertise sollicitée a pour but tant d'apporter un éclairage pertinent sur les conclusions du rapport déjà entrepris que de voir confirmer que la commune a grossièrement travesti les conclusions du géomètre-expert ;

- la légalité de l'arrêté de l'alignement pourrait être contestée par la voie de l'exception d'illégalité à l'occasion d'un recours formé contre une décision ultérieure de la commune.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 30 avril, 22 mai et 19 juin 2024, la commune de Jugeals-Nazareth, représentée par Me Juilles, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la délimitation du domaine public n'appartient pas à un expert mais à l'autorité territoriale chargée de sa conservation, sous le contrôle exclusif du juge, saisi le cas échéant d'un recours contre une mesure d'alignement ;

- la mesure d'expertise sollicitée est inutile dès lors, d'une part, qu'un géomètre-expert a déjà été mandaté à la demande de la société requérante et a produit un plan sur la base duquel la commune a pris un arrêté d'alignement et, d'autre part, qu'il appartenait à la requérante de contester cet arrêté si elle estimait qu'il était irrégulier ;

- en tout état de cause, le maire n'a nullement travesti les conclusions du géomètre-expert et, au demeurant, il s'agit d'un avis qui n'engage que le géomètre-expert.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. Aux termes de l'article L. 2111-14 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées. ". Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. / Le plan d'alignement, auquel est joint un plan parcellaire, détermine après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale, propriétaire de la voie, et organisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration la limite entre voie publique et propriétés riveraines. / L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine. ". La procédure d'alignement, que seule l'autorité administrative peut mettre en œuvre, permet aux riverains du domaine public routier de connaître la limite de leur propriété avec le domaine public sans pour cela qu'il soit fait appel à un expert.

4. La SCI Du 7 rue Quesnay, qui est propriétaire sur le territoire de la commune de Jugeals-Nazareth de plusieurs parcelles cadastrées section C nos 479, 1200 et 1163, demande au juge des référés de désigner un expert chargé de fixer, de manière certaine, la limite de propriété séparant celles-ci de la voirie relevant du domaine public communal. Toutefois, il résulte de ce qui précède que ne saurait être confiée à un expert la mission de se prononcer sur une question de délimitation du domaine public. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, saisi par le gérant de la société requérante d'une demande de délimitation de la voirie communale au droit des parcelles mentionnées ci-dessus, le maire de la commune de Jugeals-Nazareth a pris un arrêté d'alignement individuel le 9 octobre 2023. Si l'intéressée soutient que cette décision est contraire aux conclusions du rapport du géomètre expert sur la base duquel elle a été prise, il lui appartient de contester en temps utile, devant le juge de l'excès de pouvoir, le cas échéant par voie d'exception d'illégalité, la limite ainsi arrêtée en s'appuyant, notamment, sur les titres de propriété en sa possession et les travaux du géomètre expert qu'elle a mandaté. Dans ces conditions, la mesure d'expertise sollicitée ne présente pas le caractère d'utilité exigé par l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SCI Du 7 rue Quesnay doit être rejetée en toutes ses conclusions.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme demandée par la commune de Jugeals-Nazareth sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SCI Du 7 rue Quesnay est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Jugeals-Nazareth au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Du 7 rue Quesnay et à la commune de Jugeals-Nazareth.

Fait à Limoges, le 26 juin 2024.

Le juge des référés,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière,

M. A

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