Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400639
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2024 et des pièces enregistrées le 6 juin 2024, M. C A, représenté par Me Duponteil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée précédemment à son encontre pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une autorisation de séjour dans l'attente de l'examen de sa demande d'admission au séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle souffre des mêmes vices que la décision portant refus de séjour ;
Sur la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle souffre des mêmes vices que la décision portant refus de séjour ;
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- cette décision " ne se justifie pas " par sa situation juridique actuelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais né en 1969, est entré sur le territoire français en 2017 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 31 octobre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 5 septembre 2018 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français le 10 octobre 2018. Par un arrêté du 26 janvier 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours tout en fixant le pays de renvoi et en prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français en cours pour une durée d'un an.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
4. D'une part, si l'intéressé a justifié d'une promesse d'embauche de la SCA de Teulet située à La Roche L'Abeille pour un contrat à durée déterminée d'ouvrier agricole pour une durée maximale de sept mois, cette dernière ne peut suffire, à elle seule, à justifier d'un motif exceptionnel au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que l'intéressé ne fait état d'aucune expérience professionnelle similaire effectuée dans son pays d'origine ou en France, ni d'aucune qualification relative à celle d'un ouvrier agricole et ne conteste pas que l'emploi pour lequel il a postulé n'est pas au nombre des métiers en tension. D'autre part, si l'intéressé se prévaut de sa durée de présence en France, il ressort, d'abord des pièces du dossier que son épouse et ses cinq enfants vivent en République démocratique du Congo, ensuite qu'il s'est soustrait à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 10 octobre 2018, sans qu'il ne ressorte de ces mêmes pièces qu'il ait accompli des démarches pour régulariser sa situation depuis cette date. Par suite, l'intéressé, qui ne justifie ni d'un motif exceptionnel ni de considérations humanitaires alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée ainsi que dit au point 1, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute- Vienne aurait méconnu les dispositions citées au point 2 en refusant son admission exceptionnelle au séjour.
Sur la décision portant la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de cette décision et doit par suite être écarté.
Sur la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de la mesure portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de cette décision et doit par suite être écarté.
8. En troisième lieu, l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "
9. M. A se borne à indiquer que sa situation juridique actuelle est très différente de celle ayant existé à la date à laquelle a été prononcée la première interdiction de retour sur le territoire français, soit le 10 octobre 2018, laquelle interdiction était fondée, selon lui, sur le rejet de sa demande d'asile. Toutefois, outre que le motif retenu par cette dernière décision n'était pas le rejet de sa demande d'asile, il n'est pas contesté que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter en vertu de ce même arrêté du 10 octobre 2018. Par suite, le préfet pouvait à bon droit, par la présente décision, prolonger d'une année l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée précédemment. L'intéressé n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point 8.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 26 janvier 2024 qu'il conteste doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Martha, premier conseiller.
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
M. B
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