Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400677
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400677 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, Mme B C, représentée par Me Terrien, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
- le signataire de l'arrêté en litige ne justifie pas de sa compétence ;
Sur le retrait de l'attestation de demande d'asile :
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée pour retirer son attestation de demande d'asile et a ainsi commis une erreur de droit ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- l'obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité du retrait de son attestation de demande d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est intervenue en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée notamment au regard de la situation des femmes et des enfants en RDC ;
- elle est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du retrait de l'attestation de demande d'asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, tant en raison de sa situation personnelle que de son état de santé ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Terrien, représentant Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 20 octobre 1986 à Kinshasa, est entrée irrégulièrement, accompagnée de sa fille âgée de sept ans, selon ses déclarations le 8 novembre 2022 en France où elle a demandé l'asile le 12 décembre 2022 pour elle-même et le 28 juin 2023 pour sa fille. Ses demandes ont été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 29 juin 2023, notifiée le 7 juillet 2023 et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 mars 2024. Par un arrêté du 28 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. Mme C demande l'annulation de chacune de ces décisions.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
4. M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, à compter du 26 février 2024, d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-20287-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Mme C ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité du retrait de l'attestation de demande d'asile :
5. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 541-2 du même code précise que " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ". Aux termes de l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; 3° Le demandeur est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3. ". Il résulte de ces dispositions que le droit du demandeur d'asile à se maintenir sur le territoire, dans le cas où sa demande a été examinée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), cesse à la date de l'intervention de la décision de rejet prise par cette juridiction.
6. Il ressort des termes du dispositif de l'arrêté du 28 mars 2024, éclairé par sa motivation, dont Mme C demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet de retirer à l'intéressée son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée Mme C ou de lui refuser le séjour autrement que par le rejet de sa demande d'asile. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme C, qui avait été informée au cours de l'instruction de sa demande d'asile de la possibilité qui lui était offerte de solliciter un titre de séjour sur un autre fondement, n'a pas exercé celle-ci, non plus qu'elle allègue en avoir été empêchée. Il suit de là que le préfet de la Haute-Vienne a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige. Dès lors, Mme C, ne justifiait déjà plus à la date du rejet de sa demande, examinée selon la procédure dite " accélérée " de l'article L. 531-24 par l'Ofpra d'un droit au maintien sur le territoire français par sa demande d'asile, et moins encore à la suite du rejet par la CNDA de son recours contre cette décision. Par suite, Mme C pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement sans même que le préfet ait été tenu d'attendre que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours introduit par l'intéressée et, en l'espèce, ne justifiait plus en tout état de cause d'un droit au maintien sur le territoire à la date d'intervention de l'arrêté en litige.
7. Dans ces conditions particulières à l'espèce qui révèlent par elles-mêmes la prise en compte de l'ensemble des éléments propres à la situation de Mme C et de sa fille, la requérante ne peut soutenir que le préfet de la Haute-Vienne, méconnaissant l'étendue de son pouvoir d'appréciation, aurait entaché le retrait de l'attestation de demande d'asile d'une erreur de droit ou d'un défaut d'examen particulier.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire en litige :
8. En premier lieu, Mme C ne peut utilement exciper de l'illégalité du retrait de l'attestation de demande d'asile à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire, laquelle n'en procède pas ni n'est prise pour son application.
9. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de Mme C sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à sa destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué, qui mentionne les circonstances propres à la situation personnelle de la requérante ainsi qu'il a été dit, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée. Le moyen qui en est tiré à l'appui de la contestation de l'obligation de quitter le territoire en litige doit dès lors être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, aux termes des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
12. Mme C, ressortissante congolaise, est entrée, selon ses déclarations, sur le territoire français en novembre 2022, à l'âge de trente-six ans, avec sa fille âgée de sept ans. Elle fait valoir, à l'appui de sa requête, la nécessité de soins médicaux pour elle-même et sa fille, la scolarisation de celle-ci et la présence sur le territoire de membres de sa famille. Cette seule dernière circonstance, à la supposer établie dès lors qu'elle ne justifie pas entretenir avec ceux-ci des liens particuliers, n'est en tout état de cause pas de nature à lui conférer un droit au séjour, et au regard de son entrée très récente sur le territoire, elle n'apporte pas d'éléments suffisants permettant de démontrer l'existence d'une insertion particulière dans la société française. Par ailleurs, et au regard des contradictions entre son récit devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et celui rapporté par les certificats médicaux qu'elle produit, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où notamment elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans, selon ses dires, et où elle a ainsi nécessairement tissé des liens. Enfin, alors qu'il n'est pas contesté qu'elle n'a présenté aucune demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, sans faire même état d'en avoir été auparavant empêchée. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle est intervenue la décision en litige et s'apprécie sa légalité, Mme C aurait saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) en faisant valoir un état de stress post-traumatique d'origine conjugale et familiale à l'appui duquel elle produit à l'instance des certificats médicaux, dont il ne ressort d'ailleurs pas une nécessité de soins qui ne pourraient être dispensés qu'en France. Dans ces conditions, elle ne justifie pas que la mesure d'éloignement porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de son état de santé. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale doit être écarté. Par les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas entaché, à la même date, la décision en litige d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de Mme C.
13. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Si Mme C se prévaut de la méconnaissance de ces stipulations au bénéfice de sa fille mineure, née en 2014 et scolarisée, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce qu'elle poursuive sa scolarité dans leur pays d'origine, où elle a vocation, dans son intérêt supérieur, à retourner vivre avec sa mère, de même nationalité. Par suite, le moyen qui en est tiré doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 8 à 14 du présent jugement que Mme C ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
16. En deuxième lieu, en tant qu'il porte décision fixant le pays de destination, l'arrêté en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de Mme C sur lesquelles il se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre exhaustivement tous les éléments de la situation de fait de l'intéressée ou le contexte général dans son pays d'origine, est, dès lors, suffisamment motivée.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
18. Si Mme C soutient qu'elle, et sa fille, encourent des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, elle n'apporte toutefois pas à l'instance, après le rejet définitif de ses demandes d'asile, d'élément probant, ou nouveau, dont s'agissant de son état de santé ou de sa situation conjugale et familiale dans son pays d'origine, de nature à établir la réalité de cette affirmation. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen articulé contre l'interdiction de retour sur le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
21. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
22. La décision en litige est contenue dans l'arrêté qui précise que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressée a été effectué s'agissant des éléments dont l'administration avait connaissance à la date de sa signature, à laquelle s'apprécie sa légalité. Les termes mêmes de l'acte révèlent la prise en compte de l'entrée récente de l'intéressée sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de sa situation familiale en République démocratique du Congo, traduisant ainsi l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la situation de Mme C. En outre, l'arrêté attaqué n'avait pas à préciser expressément si elle représentait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'une telle circonstance n'a pas été retenue par le préfet. Au regard de ces éléments, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an n'est pas suffisamment motivée et que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions énoncées à l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
23. Enfin, par les mêmes motifs que ceux développés aux points 11 et 12 du présent jugement, le moyen, articulé contre l'interdiction de retour sur le territoire français, tiré d'une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme C en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de Mme C au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B C, et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie pour information en sera adressée à Me Terrien.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le magistrat désigné,
D. D
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. A