Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400748
jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400748 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024, M. C B, représenté par Me Toulouse, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention vie privée et familiale, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie compte tenu tant de la gravité de sa situation que de l'illégalité de la décision contestée : d'une part, il justifie pleinement remplir les conditions légales d'octroi d'un certificat de résidence algérien de plein droit en qualité de parent d'un enfant français mineur ; d'autre part, il justifie de plus d'un an et sept mois de présence continue en France, pays avec lequel il a toujours conservé des liens multiples et étroits et où réside notamment son fils de seize ans, dans l'entretien et l'éducation duquel il s'est toujours investi et dont il s'occupe au quotidien, ce qui n'est pas contesté ; il justifie globalement de près de 10 ans de présence sur le territoire national ; trois frères dont deux sont en situation régulière, le soutiennent financièrement en raison de sa situation administrative l'empêchant de travailler sur le territoire national ; ces circonstances justifient d'une urgence à statuer, afin qu'il puisse obtenir un titre ou a minima un récépissé l'autorisant à travailler et à obtenir des ressources pour subvenir aux besoins de sa famille, et spécialement de son fils mineur ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
' il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;
' elle méconnaît les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
' elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
' elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant au regard de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
' elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ; les condamnations dont il a fait l'objet sont toutes antérieures de près de 9 ans à sa date d'entrée en France, le 16 septembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023 à 13h32, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable comme tardive et subsidiairement qu'elle doit être rejetée au fond car la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 25 avril 2024 sous le numéro 2400747 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Normand,
- les observations de Me Toulouse, représentant M. B ;
- et les observations de M. A représentant le préfet de la Haute-Vienne ;
Après une suspension de l'audience, Me Toulouse a dûment pris connaissance du mémoire susvisé communiqué par le préfet de la Haute-Vienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1977, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 16 septembre 2022, après y avoir séjourné et en avoir été éloigné le 10 novembre 2014. Le 14 mars 2023, il a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 22 décembre 2023, pris à la suite d'un avis défavorable rendu le 28 novembre 2023 par la commission du titre de séjour, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à sa demande. M. B, qui a formé un recours tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de son exécution dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l'urgence à ordonner la suspension demandée, M. B se prévaut, d'une part, de l'illégalité du refus de titre dont il est l'objet en soutenant qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an au titre du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Le requérant indique, d'autre part, qu'un titre lui permettrait d'obtenir des ressources pour subvenir aux besoins de sa famille, et spécialement de son fils mineur. Il ne résulte cependant pas de l'instruction que l'entretien de l'enfant de M. B, à ce jour assuré par sa mère conformément aux termes du jugement rendu le 21 janvier 2014 par le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Limoges qui a dispensé M. B de verser à son ancienne épouse une contribution à l'entretien et à l'éducation de leur enfant commun à raison de son impécuniosité, exigerait désormais une participation financière de celui-ci. En outre, le requérant, qui n'était pas autorisé à travailler par les récépissés de demandes de titre dont il a disposé à compter du 1er juin 2023, est sans emploi et n'établit ni même n'allègue bénéficier d'une promesse d'embauche ou avoir engagé une formation professionnelle lui permettant à court terme de prétendre occuper un emploi. Dans ces conditions, ni la durée de la présence de M. B sur le territoire français ni les liens qu'il y entretiendrait ne peuvent être regardés comme caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de l'arrêté litigieux, alors au demeurant que celui-ci ne porte pas obligation de quitter le territoire français.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence n'est pas remplie. Il y a lieu, par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner ni la fin de recevoir soulevée par le préfet de la Haute-Vienne, ni l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, de rejeter la requête de M. B, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de la Haute-Vienne.
Fait à Limoges, le 23 mai 2024.
Le juge des référés,
N. NORMAND
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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