Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400795
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400795 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, M. A et Mme C D, représentés par Me Dia, demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'académie de Limoges d'effectuer une enquête sur les faits en cause, concernant l'enfermement de leur fille B le jour de la rentrée et, ce, sans motif, par sa maîtresse ;
2°) d'enjoindre à l'académie de Limoges de délivrer une autorisation favorable d'instruction dans la famille au regard de l'état de santé incompatible de B avec une scolarisation en établissement scolaire public ou privé et, ce, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le défaut d'examen sérieux de la situation de leur fille B révèle un manquement extrêmement grave lui préjudiciant ;
- l'utilité de la mesure est caractérisée dès lors qu'il en va de l'intérêt supérieur de l'enfant que la situation de celle-ci soit appréciée avec attention et prudence ; eu égard à l'état de santé dégradé de leur fille B, résultant des faits qui se sont produits le 7 septembre 2023, jour de sa première matinée de classe, il apparaît évident qu'une scolarisation de l'enfant est impossible.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la rectrice de l'académie de Limoges conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre liminaire, les conclusions visant à enjoindre aux services académiques d'autoriser une instruction dans la famille sont irrecevables dans le cadre d'un référé mesures utiles, une telle injonction aurait pour effet de faire obstacle à l'exécution de la décision de la commission de recours du 1er mars 2024 ;
- il n'est pas démontré de l'urgence de la requête ;
- il n'est pas établi que l'instruction en famille soit la plus conforme à l'intérêt de l'enfant, l'avis du médecin de l'éducation nationale du 22 janvier 2024 conclut à la non-justification d'une instruction en famille de l'enfant B D et ce en accord conjoint avec le pédopsychiatre de celle-ci.
M. et Mme D ont déposé une demande d'aide juridictionnelle le 23 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. M. et Mme D ont déposé une demande d'aide juridictionnelle le 23 avril 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date de la présente ordonnance. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 1, de prononcer l'admission provisoire des intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire en cas d'urgence, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, c'est à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, et sous réserve qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
5. En l'espèce, il ressort des pièces versées au dossier qu'une enquête a déjà été menée à la suite des faits survenus à la rentrée scolaire lors de la première journée d'accueil de B et plusieurs rapports circonstanciés ont été établis. Ainsi la demande tendant à la réalisation d'une enquête ne revêt aucun caractère d'utilité ni d'urgence. Dans ces circonstances, les conditions d'urgence et d'utilité exigées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative précité pour que le juge des référés puisse faire usage des pouvoirs qu'il tient de ces dispositions n'apparaissent pas satisfaites.
6. Enfin, la demande de délivrance d'une autorisation d'instruction en famille par les requérants tend à faire entièrement obstacle à l'exécution de la décision du 1er mars 2024 par laquelle la commission de recours de l'académie de Limoges a explicitement refusé de faire droit à leur demande d'instruction en famille. Dès lors, elle n'est pas au nombre de celles que le juge des référés a le pouvoir d'ordonner en application des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme D sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice doivent être rejetées dans leur ensemble ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et Mme C D.
Fait à Limoges, le 20 juin 2024
Le juge des référés,
D. ARTUS
La République mande et ordonne
à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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