Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400810

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400810
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, l'association Action grand passage doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2024 par lequel le préfet de l'Indre a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de terrains situés au sein du parc urbain " des chevaliers ", sur le territoire de la commune de Châteauroux, de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de cet arrêté, et, d'autre part, de les autoriser à demeurer sur les lieux jusqu'au dimanche 12 mai 2024.

Elle soutient que :

- les intéressés se sont installés sur le site en litige compte tenu de la saturation de l'aire de grand passage existante ;

- il n'est pas établi que leur installation cause un trouble à la tranquillité et à la salubrité publiques, alors même qu'en vertu de l'article 9-1 du code civil, " chacun a droit au respect de la présomption d'innocence ", et qu'aucune entrée par effraction ni aucune dégradation susceptible d'engendrer un coût pour la collectivité ne peut leur être imputée ;

- étant attendus sur le territoire de la commune d'Ambazac à compter du 12 mai prochain, ils n'ont vocation à occuper les lieux en cause que durant une semaine ;

- ils s'engagent à effectuer un nettoyage du site et à participer financièrement aux frais de consommation d'eau et d'électricité ainsi qu'au ramassage des déchets.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 5 mai 2024, la maire de la commune de Châteauroux a demandé au préfet de l'Indre de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation des occupants de terrains, appartenant à la commune, situés au sein du parc urbain " des chevaliers ". Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Indre a mis en demeure les intéressés de quitter, dans le délai de 24 heures, les terrains qu'ils occupent. L'association Action grand passage doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 779-1 du code de justice administrative : " Les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnées au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code applicables aux requêtes en annulation, sous réserve des dispositions du présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 779-2 du même code : " Les requêtes sont présentées dans le délai d'exécution fixé par la décision de mise en demeure () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

4. Enfin, aux termes du II de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux./ La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques./ La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures () ".

5. En premier lieu, il ressort clairement de la motivation de l'arrêté attaqué et ce n'est d'ailleurs pas contesté que le site occupé n'est pas prévu pour accueillir les gens du voyage et qu'il ne comporte ni sanitaires ni conteneurs pour déchets. Il ressort, par ailleurs, des pièces versées au dossier que le groupe d'occupants dont l'expulsion a été demandée est estimé à environ 120 caravanes par l'association requérante. Compte tenu de son ampleur et de ses caractéristiques, l'occupation en cause, en dehors de tout emplacement prévu à cet effet et en l'absence, notamment, de toute installation permettant de stocker les déchets ménagers, est de nature à porter atteinte tant à la salubrité qu'à la tranquillité publiques. Dans ces conditions, la circonstance qu'aucune entrée par effraction ni aucune dégradation susceptible d'engendrer un coût pour la collectivité ne peut être imputée aux occupants est manifestement insusceptible de venir au soutien du moyen soulevé par l'association requérante tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, alors par ailleurs que celle-ci ne saurait utilement soutenir à l'appui de sa demande d'annulation de la mise en demeure litigieuse, laquelle constitue une mesure de police administrative et non une sanction, que le préfet aurait méconnu le principe de la présomption d'innocence.

6. En deuxième lieu, les dispositions citées au point 4 soumettent l'édiction d'une mise en demeure de quitter les lieux illicitement occupés à la seule circonstance que le stationnement des intéressés soit de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publique. Ainsi, les circonstances que les intéressés se seraient installés sur le site en litige compte tenu de la saturation de l'aire de grand passage existante, qu'ils n'auraient vocation à n'y demeurer qu'une semaine et qu'ils s'engageraient à effectuer un nettoyage du site et à participer financièrement aux frais de consommation d'eau et d'électricité, ainsi qu'au ramassage des déchets, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

7. En dernier lieu, il n'appartient pas au juge administratif, saisi sur le fondement des dispositions précitées de la loi du 5 juillet 2000, d'accorder aux occupants un délai pour évacuer le terrain sur lequel ils stationnent illicitement. Cette irrecevabilité n'est pas régularisable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par l'association Action grand passage, qui est pour partie entachée d'une irrecevabilité manifeste insusceptible d'être régularisée et qui ne contient par ailleurs que des moyens inopérants et un moyen assorti de faits insusceptibles de venir à son soutien, doit, faute pour la requérante d'avoir développé de nouveaux moyens dans le délai de recours contentieux, être rejetée en application des dispositions précitées des 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association Action grand passage est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Action grand passage. Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Indre.

Fait à Limoges, le 7 mai 2024.

Le vice-président,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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