Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400811
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. B A, représenté par Me Maret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de la Corrèze lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " salarié " dans les mêmes conditions de délai et, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un défaut de motivation tiré de l'absence d'examen de sa situation au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de droit tirée de l'application des seules dispositions des articles L. 435-1 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que sa situation au regard de sa nationalité devait être examinée sur le fondement des dispositions de l'article 3-1 de l'accord franco-tunisien ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation familiale et professionnelle.
Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le juin 11 juin 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne signé à Tunis le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les observations de Me Maret, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1978, est entré régulièrement en France en 2007. Il a obtenu un titre de séjour en raison de son état de santé le 31 mars 2017, renouvelé jusqu'au 30 juin 2019. Le 31 juillet 2020, le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours confirmé par le tribunal administratif de Nice et la cour administrative d'appel de Marseille. Le 18 octobre 2022, il a sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 29 mars 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de la Corrèze lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 du même accord stipule que " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.
4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet de la Corrèze a considéré que l'intéressé ne remplissait pas les conditions fixées par l'article L. 435-1 du code précité. Toutefois, il n'est pas contesté par le préfet de la Corrèze que, par une demande de titre de séjour du 18 octobre 2022, M. A a demandé son admission au séjour au titre de son activité salariée sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Dès lors, le préfet était tenu d'examiner la demande de M. A au regard de ces stipulations. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze a commis une erreur de droit en omettant d'examiner sa demande au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les décisions portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
7. Eu égard au motif retenu entachant d'illégalité l'arrêté du 29 mars 2024, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Corrèze procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Corrèze d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du préfet de la Corrèze du 29 mars 2024 est annulé.
Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent.
Article 3:L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. GUICHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. GUICHON
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