Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400838
lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400838 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mai 2024, M. D A, représenté par Me Decressat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du préfet de l'Indre du 13 mars 2024 mettant en œuvre la procédure de dessaisissement d'armes à son encontre, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les conséquences de cette décision sont désastreuses ; il a été reconnu pénalement coupable des faits de transport, sans motif légitime, d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D alors même qu'il n'avait pas conscience qu'un morceau de câble électrique de 45 centimètres de long, de 2,5 centimètres de large et assorti d'un embout en aluminium pouvait constituer une arme par destination ; il n'a pas d'antécédents judiciaires ; cette décision l'empêche d'être assermenté en qualité de garde particulier sur la propriété où il exerce sa profession et d'exercer sa passion qu'est la chasse alors d'ailleurs qu'il n'a jamais commis la moindre infraction en rapport avec cette activité ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le préfet ne justifie pas d'une délégation de signature au profit du chef du bureau de l'ordre public et de la prévention de la délinquance ; la décision ne comporte pas de numéro permettant de vérifier son existence même ; l'adresse mentionnée dans la décision est erronée et par conséquent il est impossible de savoir si la décision le vise réellement ; la décision ne comporte aucune motivation au regard des dispositions de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure caractérisant ainsi une erreur de droit.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 mai 2024 sous le n° 2400837 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Indre en date du 13 mars 2024 ordonnant le dessaisissement des armes qu'il détient au titre de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie, l'inscrivant au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et retirant la validation de son permis de chasser.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. En premier lieu et d'une part, l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, renvoyant à certaines dispositions du code pénal, dispose que : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () - port, transport et expéditions d'armes, de munitions ou de leurs éléments des catégories C ou D sans motif légitime prévus aux articles L. 317-8 et L. 317-9 du présent code () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 312-7 du même code : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. ". Enfin, l'article R. 312-67 du même code précise que : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () ; 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen () ".
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-10 du code de la sécurité intérieure : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie () ". En outre, aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 () ".
5. Il résulte de l'instruction que par une ordonnance du 14 décembre 2021, M. A a été condamné par le tribunal correctionnel de Châteauroux pour des faits de port, transport et expédition d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories C au D sans motif légitime prévus aux articles L. 317-8 et L. 317-9 du code de la sécurité intérieure. Cette condamnation, mentionnée au bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé, figure parmi celles visées par les dispositions précitées du 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Il suit de là qu'en application des dispositions précitées de l'article R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, le préfet de l'Indre était tenu d'ordonner à M. A le dessaisissement de ses armes et munitions, de même qu'il était alors tenu, en application des dispositions précitées des articles L. 312-10 et L. 312-16 du même code, de lui interdire d'acquérir et de détenir des armes et munitions ainsi que de procéder à son inscription au Finiada.
6. Compte tenu de ce qui précède, aucun des moyens de légalité interne soulevés par M. A ne paraît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. En outre, aucun des moyens de légalité externe susvisés soulevés par M. A ne paraît davantage propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, tant les conclusions tendant à la suspension de cet arrêté, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.
GHELLAMGGGG
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
Le juge des référés,
N. C
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
if