Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400887
mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, Mme C B, représentée par Me d'Allivy Kelly, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne en date du 7 mars 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler aussi longtemps que la suspension produira effet et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sous réserve de sa renonciation à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; cette condition est présumée, dès lors que la décision attaquée porte refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, elle est placée en situation irrégulière sur le territoire français et cette décision l'empêche de garder son emploi, de percevoir les allocations de la caisse d'allocations familiales auxquelles elle a droit et de conserver le logement social qui lui a été attribué récemment ; ses prestations sociales ont d'ores et déjà été suspendues pour le mois de mai et elle ignore si elle obtiendra sans difficultés le paiement de son reliquat de salaire, ce qui la met dans une détresse financière immédiate ;
- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
' elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé ;
' le refus de renouvellement de titre de séjour est entaché d'un vice de forme et d'une erreur de droit tirés du défaut de visa de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Dakar le 1er août 1995 ;
' elle méconnaît les dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
' elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
' elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 05 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a pas d'urgence, l'audience du contentieux au fond étant fixée au 2 juillet 2024 ;
- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 juin 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 mai 2024 sous le n° 2400881 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble une annexe), signée à Dakar le 1er août 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Normand,
- et les observations de Me d'Allivy Kelly, représentant Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Des " documents complémentaires à titre de note en délibéré " ont été présentés par Me d'Allivy Kelly, enregistrés le 17 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1993 à Guediawaye (Sénégal), entrée en France le 4 octobre 2017 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ", a bénéficié de titres de séjour portant la même mention, régulièrement renouvelés jusqu'au 14 novembre 2023. Le 10 octobre 2023, elle a saisi le préfet de la Haute-Vienne d'une demande de renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut vers celui de " vie privée et familiale ". Mme B demande la suspension de l'exécution de la décision du 7 mars 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 juin 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date de la présente ordonnance. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B et mentionne les éléments relatifs à sa situation personnelle sur laquelle est fondée le refus de titre de séjour mention " vie privée et familiale ", est suffisamment motivé et ne souffre d'aucun défaut d'examen de sa situation personnelle.
6. En deuxième lieu, le préfet de la Haute-Vienne a fondé sa décision sur la circonstance que l'intéressée ne démontre pas avoir tissé des liens particulièrement anciens, intenses et stables en France depuis son arrivée en 2019. Or, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que le compagnon de l'intéressée, M. D A, ressortissant sénégalais, est en situation irrégulière sur le territoire français depuis une décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire du 30 novembre 2022. Enfin, Mme B, mère d'un jeune enfant né le 19 mars 2024, ne démontre pas être dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, le Sénégal, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle a conservé des attaches personnelles et familiales et, où vivent deux de ses sœurs. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
7. En dernier lieu, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence, que les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais du litige.
O R D O N N E :
Article 1er: Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.
GHELLAMGGGG
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le juge des référés,
N. NORMAND
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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