Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400893
jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400893 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 25 mai 2024 à 18h52 et le 27 mai 2024, M. A D, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a renouvelé l'assignation à résidence dans ce département, sur le territoire de la commune de Limoges, pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cet arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024 à 10h28, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 27 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Martha, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu lors de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né en 1999, est entré en France le 28 décembre 2019 selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 24 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement du 29 février 2024, le tribunal a annulé l'un des arrêtés du 24 février 2024 en tant seulement qu'il se prononçait sur une interdiction de retour sur le territoire français. Par un arrêté du 9 avril 2024, le préfet a renouvelé l'assignation à résidence de l'intéressé. Par un nouvel arrêté du 24 mai 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a renouvelé cet arrêté portant assignation de résidence de l'intéressé pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune de Limoges, soit pour la période courant du 25 mai au 9 juin 2024, en fixant une obligation de se présenter au commissariat de police du lundi au vendredi à 10 heures.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 27 mai 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, Mme C, directrice de cabinet de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 15 mai 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2024-071 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, Il ressort des pièces du dossier que l'éloignement de M. D, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 24 février dernier, demeure, en dépit des démarches entamées avec son épouse en vue d'une PMA, une perspective raisonnable. Le préfet de la Haute-Vienne pouvait donc renouveler l'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
7. Si M. D soutient qu'il est employé en qualité d'installateur de la fibre et qu'il doit se déplacer régulièrement afin d'accomplir les missions qui lui sont confiées, il n'est ni établi ni même allégué que son activité lui imposerait des déplacements hors de la commune de Limoges, sur le territoire de laquelle il a été assigné à résidence, ou serait incompatible avec ses obligations de présentation au commissariat du lundi au vendredi à 10h00 au commissariat de police. S'il fait par ailleurs valoir que son épouse a un rendez-vous à Bordeaux le 18 juin 2024 dans le cadre d'une procréation médicalement assistée (PMA) qui a été engagée en mai 2024, il n'est pas démontré que M. D ne pourrait obtenir un sauf-conduit et ne pourrait effectivement intervenir dans l'hypothèse où sa présence s'avèrerait nécessaire. Dans ces conditions, et dès lors que M. D conserve la possibilité, d'une part, de se déplacer librement, en dehors du temps consacré au respect des obligations de présentation imposées par l'arrêté en litige, dans le périmètre fixé, d'autre part, de recevoir sa famille et les personnes de son choix, les restrictions apportées à l'exercice par le requérant de sa liberté d'aller et venir ne peuvent être regardées comme disproportionnées. Il suit de là que le moyen tiré de l'atteinte excessive à la liberté d'aller et venir doit être écarté.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les éléments produits par M. D ne démontrent pas que les obligations mises à sa charge par l'arrêté litigieux porteraient une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de son droit de mener une vie familiale normale, tel qu'il est notamment protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit également être écarté.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée y compris les conclusions présentées au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024 à 10h00
Le magistrat désigné,
F. MARTHALa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La greffière en Chef,
La Greffière,
M. B
No 2400893
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