Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400909
mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, Mme D F, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure A C, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision de la rectrice de l'académie de Limoges du 2 mai 2024 en tant qu'elle refuse à sa fille A les mesures d'aménagement des épreuves du diplôme national du brevet consistant, d'une part, en une adaptation de l'exercice de dictée de l'épreuve écrite de français, d'autre part, en la mise en forme des sujets en caractères agrandis et, enfin, en la possibilité qu'elle expose ses idées sous forme de prise de notes lorsqu'elle n'a pas le temps de développer l'intégralité de ses réponses ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Limoges de lui accorder les aménagements qu'elle sollicite.
Elle soutient que :
- sa fille A est atteinte de dyslexie, dysorthographie et dyscalculie ;
- alors que les élèves dyslexiques peuvent bénéficier d'énoncés imprimés dans une police de caractères leur facilitant la lecture, cet aménagement classique, dont sa fille bénéficie en classe, lui a été refusé sans justification pour les épreuves du brevet ;
- le tiers temps qui lui a été accordé est insuffisant ; alors que ses professeurs lui donnent en outre la possibilité de finir par exposer ses idées sous forme de prise de notes, cet aménagement, qui ne représente pas de mise en place particulière et ne concerne pas l'intégralité des matières et de l'évaluation, a également été refusé ;
- l'aménagement de l'épreuve de dictée a été refusé par deux fois sans justification, malgré les préconisations de l'orthophoniste qui suit sa fille ; ce refus porte atteinte au principe de l'égalité des chances ;
- les épreuves du diplôme national du brevet ayant lieu les premiers jours de juillet, sa demande devient extrêmement urgente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, la rectrice de l'académie de Limoges conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce que, d'une part, elle ne comporte aucune conclusion et demande simplement au juge des référés de " statuer " sans autre précision et, d'autre part, à supposer qu'elle vise à la suspension du refus partiel d'accorder des aménagements d'épreuves, il s'infère nécessairement des circonstances de l'espèce que les mesures demandées revêtiront un caractère définitif pour la session 2024 alors que le juge des référés ne peut ordonner que des mesures provisoires ;
- la décision attaquée est suffisamment motivée ;
- aucune des pièces médicales ou paramédicales produites ne permet de considérer que les trois aménagements accordés seraient insuffisants.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 27 mai 2024 sous le n° 2400910.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 29 mars 2018 relatif à l'adaptation et à la dispense de certaines épreuves ou parties d'épreuves à l'examen du diplôme national du brevet et du certificat de formation générale pour les candidats présentant un handicap ou bénéficiant d'un plan d'accompagnement personnalisé ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Mme F,
- et les observations de M. E, représentant la rectrice de l'académie de Limoges.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. A C, scolarisée en classe de 3ème au collège du Sauveur à Aixe-sur-Vienne, est atteinte de troubles dysorthographiques, dyslexiques et dyscalculiques et bénéficie à ce titre, dans le cadre de sa scolarité, d'un plan d'accompagnement personnalisé. Compte tenu de sa situation de handicap, sa mère a présenté, le 23 octobre 2023, une demande tendant à ce qu'elle bénéficie de plusieurs mesures d'aménagement pour le passage des épreuves du diplôme national du brevet. Par une décision du 11 mars 2024, la rectrice de l'académie de Limoges a accordé à la jeune A deux des aménagements sollicités, consistant en la majoration d'un tiers de temps pour les épreuves écrites et en l'utilisation de son ordinateur ou de sa tablette. A la suite d'un recours gracieux formé contre cette décision, cette même autorité a également autorisé, par une décision du 2 mai 2024, l'utilisation d'une calculatrice. Par la présente requête, Mme D F, agissant en qualité de représentante légale de sa fille A, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision en tant qu'elle refuse à sa fille les mesures d'aménagement des épreuves du diplôme national du brevet consistant, d'une part, en une adaptation de l'exercice de dictée de l'épreuve écrite de français, d'autre part, en la mise en forme des sujets en caractères agrandis et, enfin, en la possibilité qu'elle expose ses idées sous forme de prise de notes lorsqu'elle n'a pas le temps de développer l'intégralité de ses réponses.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. L'article L. 112-4 du code de l'éducation dispose que : " Pour garantir l'égalité des chances entre les candidats, des aménagements aux conditions de passation des épreuves orales, écrites, pratiques ou de contrôle continu des examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur, rendus nécessaires en raison d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, sont prévus par décret. Ces aménagements peuvent inclure notamment l'octroi d'un temps supplémentaire et sa prise en compte dans le déroulement des épreuves, la présence d'un assistant, un dispositif de communication adapté, la mise à disposition d'un équipement adapté ou l'utilisation, par le candidat, de son équipement personnel ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. ".
4. Aux termes, d'une part, de l'article D. 112-1 du code de l'éducation: " Afin de garantir l'égalité de leurs chances avec les autres candidats, les candidats aux examens ou concours de l'enseignement scolaire et de l'enseignement supérieur qui présentent un handicap tel que défini à l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles bénéficient des aménagements rendus nécessaires par leur situation, dans les conditions définies aux articles D. 351-27 à D. 351-32 en ce qui concerne l'enseignement scolaire () ". L'article D. 351-27 de ce code précise que : " Les candidats aux examens ou concours de l'enseignement scolaire qui présentent un handicap peuvent bénéficier d'aménagements portant sur : / 1° Les conditions de déroulement des épreuves, de nature à leur permettre de bénéficier des conditions matérielles ainsi que des aides techniques et humaines appropriées à leur situation ; / 2° Une majoration du temps imparti pour une ou plusieurs épreuves, qui ne peut excéder le tiers du temps normalement prévu pour chacune d'elles. Toutefois, cette majoration peut être augmentée, eu égard à la situation exceptionnelle du candidat, sur demande motivée du médecin et portée dans l'avis mentionné à l'article D. 351-28 ; () / 5° Des adaptations ou des dispenses d'épreuves, rendues nécessaires par certaines situations de handicap, dans les conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'éducation ". L'article 3 de l'arrêté du 29 mars 2018 susvisé prévoit ainsi que " Pour le diplôme national du brevet, les candidats présentant un trouble auditif, de l'écriture manuscrite, du langage oral, de la parole ou de l'automatisation du langage écrit peuvent bénéficier de l'adaptation de l'exercice de dictée de l'épreuve écrite de français ".
5. Aux termes, d'autre part, de l'article D. 351-28 du code de l'éducation : " Les candidats sollicitant un aménagement des conditions d'examen ou de concours adressent leur demande à l'un des médecins désignés par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. / La demande doit être formulée au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen ou au concours concerné, sauf dans le cas où le handicap est révélé après cette échéance. / Le médecin rend un avis, qui est adressé au candidat et à l'autorité administrative compétente pour ouvrir et organiser l'examen ou le concours, dans lequel il propose des aménagements. L'autorité administrative décide des aménagements accordés et notifie sa décision au candidat ". L'article D. 351-28-1 de ce code dispose que : " Par dérogation aux dispositions du premier et du troisième alinéa de l'article D. 351-28, les candidats qui bénéficient d'un projet personnalisé de scolarisation, d'un projet d'accueil individualisé ou d'un plan d'accompagnement personnalisé accordé au titre d'un trouble du neurodéveloppement adressent leur demande d'aménagements des conditions d'examen ou de concours à l'autorité administrative compétente pour ouvrir et organiser l'examen ou le concours dans les délais prévus au deuxième alinéa de l'article
D. 351-28, sans solliciter un nouvel avis médical. / Lorsque ces candidats sollicitent des aménagements qui ne sont pas en cohérence avec ceux prévus par le plan ou projet dont ils bénéficient ou lorsqu'ils sollicitent la majoration prévue au 2° de l'article D. 351-27, ils ne peuvent bénéficier de la procédure dérogatoire prévue à l'alinéa précédent. ".
6. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que les élèves souhaitant bénéficier d'un aménagement d'épreuves en raison d'un handicap ou d'un trouble de santé invalidant doivent en faire la demande et qu'il appartient à l'autorité administrative qui organise l'examen ou le concours de se prononcer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur cette demande au vu de l'avis du médecin désigné par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.
7. La requérante se prévaut des préconisations formulées par l'orthophoniste ayant suivi la jeune A entre l'automne 2022 et l'automne 2023, au nombre desquelles figurent notamment la dictée aménagée ainsi que la prise en compte des notes à la fin des devoirs comme réponses valides. S'il résulte de l'instruction, notamment du bilan orthophonique établi en septembre 2022 par cette même praticienne, que A présente, de manière générale, un besoin de temps supplémentaire pour réaliser les épreuves proposées, il n'en résulte pas pour autant que l'octroi d'un tiers de temps supplémentaire ne suffit pas à la jeune élève pour remédier à cette difficulté, alors même que ses professeurs lui auraient donné, au long de l'année, la possibilité de terminer ses devoirs en exposant ses idées sous forme de prise de notes. S'agissant en particulier de l'exercice de dictée, la conversion grapho-phonémique de A est évaluée par son orthophoniste comme " légèrement fragile " mais les scores obtenus par ailleurs tant au regard de l'orthographe lexicale que de l'orthographe grammaticale se situent dans les normes hautes par rapport aux attendus de son âge et de sa classe. Ainsi, en l'état de l'instruction et au vu des autres éléments apportés par la requérante, il n'apparaît pas que les difficultés rencontrées par A soient d'une ampleur telle qu'elles nécessitent la mise en place d'une adaptation de l'exercice de dictée. Par ailleurs, il ressort du formulaire de demande d'aménagements produit par la requérante que celle-ci n'avait pas sollicité la mise en forme des sujets en caractères agrandis mais en format A3, mesure dont, en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait nécessaire à A pour faciliter et optimiser la tâche de lecture, alors au demeurant qu'une mesure de tiers temps supplémentaire lui a déjà été accordée. Dans ces conditions, aucun des moyens invoqués par la requérante n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée en tant qu'elle refuse à la jeune A les trois aménagements en cause.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence ni d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme F doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D F et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Une copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Limoges.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le juge des référés,
D. B
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef,
I. FADERNE
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