Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400932

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400932
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024 à 14h09, M. C A demande au tribunal, d'une part l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a mis en demeure les occupants sans droits ni titre du terrain situé sur le Mas de l'Age, 26 route de Bellac, sur le territoire de la commune de Couzeix, de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de cet arrêté, et, d'autre part, de les autoriser à demeurer sur les lieux jusqu'au dimanche 2 juin 2024.

Il soutient que :

- les intéressés se sont installés sur le site en litige compte tenu de l'inexistence de l'aire d'accueil et de la présence de travaux sur l'aire de grand passage ;

- il n'est pas établi que leur installation cause un trouble à la tranquillité et à la salubrité publiques ;

- ils ont tenté d'engager un dialogue conformément à la demande du premier ministre dans la circulaire IOMD2308843J ;

- ils n'ont vocation qu'à occuper les lieux en cause jusqu'au 2 juin après quoi ils quitteront le département ;

- l'arrêté comporte des mentions discriminatoires ;

- ils effectueront le nettoyage du site.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a mis en demeure les intéressés de quitter, dans un délai de 24 heures, le terrain situé sur le Mas de l'Age, 26 route de Bellac, sur le territoire de la commune de Couzeix. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 779-1 du code de justice administrative : " Les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnées au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code applicables aux requêtes en annulation, sous réserve des dispositions du présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 779-2 du même code : " Les requêtes sont présentées dans le délai d'exécution fixé par la décision de mise en demeure () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

4. Enfin, aux termes du II de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux./ La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques./ La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures () ".

5. En premier lieu, il ressort clairement de la motivation de l'arrêté attaqué et ce n'est d'ailleurs pas contesté que le site occupé n'est pas prévu pour accueillir les gens du voyage et qu'il ne comporte ni sanitaires ni système d'évacuation des eaux usées, ce qui caractérise une atteinte à la salubrité publique. Il ressort, par ailleurs, des pièces versées au dossier que le groupe d'occupants dont l'expulsion a été demandée s'est raccordée frauduleusement au réseau d'électricité représentant un risque important d'électrocution et d'incendie et, au réseau d'eau potable représentant un risque important de l'affaiblissement de l'efficacité de la défense incendie de la commune et de la pollution du réseau. En outre, l'occupation illégale compromet l'organisation de manifestations prévues sur ce même site le 1er et 2 juin 2024. Compte tenu des caractéristiques et de ses répercussions, l'occupation en cause, en dehors de tout emplacement prévu à cet effet et en l'absence, notamment, de toute installation permettant l'évacuation des eaux usées, est de nature à porter atteinte tant à la salubrité qu'à la tranquillité publiques.

6. En deuxième lieu, les dispositions citées au point 4 soumettent l'édiction d'une mise en demeure de quitter les lieux illicitement occupés à la seule circonstance que le stationnement des intéressés soit de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publique. Ainsi, les circonstances que les intéressés se seraient installés sur le site en litige compte tenu de la non existence de l'aire d'accueil et de l'indisponibilité de l'aire de l'Isle en raison de travaux, qu'ils n'auraient vocation à n'y demeurer que jusqu'au 2 juin 2024 et qu'ils s'engageraient à effectuer un nettoyage du site et, que leur départ du terrain en cause ne fera que déplacer la problématique sur une autre commune sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

7. En dernier lieu, il n'appartient pas au juge administratif, saisi sur le fondement des dispositions précitées de la loi du 5 juillet 2000, d'accorder aux occupants un délai pour évacuer le terrain sur lequel ils stationnent illicitement. Cette irrecevabilité n'est pas régularisable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A, qui est pour partie entachée d'une irrecevabilité manifeste insusceptible d'être régularisée et qui ne contient par ailleurs que des moyens inopérants et un moyen assorti de faits insusceptibles de venir à son soutien, doit, faute pour la requérante d'avoir développé de nouveaux moyens dans le délai de recours contentieux, être rejetée en application des dispositions précitées des 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Une copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Haute-Vienne.

Fait à Limoges, le 30 mai 2024.

Le vice-président,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. B

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