Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400975

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de l'exécution de la décision de la communauté d'agglomération du Grand Angoulême relative à la reprise des travaux d'installation d'un arrêt de bus devant le domicile des requérants. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, les requérants n'établissant pas que les travaux, déjà réalisés à la date de l'audience, leur exposent à une insécurité grave et immédiate justifiant une suspension. Il écarte également l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, les moyens invoqués (absence d'arrêté, défaut de publicité, dangerosité, défaut de motivation, méconnaissance des pouvoirs de police du maire, détournement de pouvoir) n'étant pas de nature à créer un tel doute. La requête est rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 10 juin 2024, Mme B C et M. D C demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de la communauté d'agglomération du Grand Angoulême, révélée le 6 mai 2024, tendant à la reprise des travaux entrepris devant leur domicile en vue de la mise en service d'un arrêt de bus.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- leur requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils ont été informés de la reprise des travaux à compter du 11 juin 2024 et ces travaux, une fois réalisés, les exposeront à une insécurité permanente et grave puisque la mise en service de l'équipement prévu se révèlera dangereuse à chaque fois qu'ils souhaiteront entrer ou sortir de chez eux en voiture ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

' le projet n'a fait l'objet d'aucun arrêté et d'aucune publicité en méconnaissance des dispositions des articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales, L. 115-1 du code de la voirie routière et L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration ; en outre, dans la mesure où les travaux se sont déroulés devant leur domicile et les ont privés d'y accéder, cette situation est assimilable à une décision individuelle nécessitant une notification dans les conditions prévues par l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration ; cette absence totale d'écrit les a privés de toute information, de toute garantie et de tout recours ;

' ils n'ont été informés de la reprise des travaux que le 10 juin 2024, par l'affichage d'un arrêté sur le lieu des travaux, alors qu'un élu de la communauté d'agglomération s'était engagé à les informer préalablement de cette décision ;

' aucune étude préalable tenant compte de la dangerosité du projet n'a été réalisée ; si la commune a invoqué une validation du nouvel emplacement de l'arrêté en litige par les services de l'Etat, aucun avis sur son déplacement n'a été émis par ceux-ci tant à l'occasion de la validation du schéma d'accessibilité qu'à l'occasion des récents travaux, faute de sollicitation ; l'absence de sollicitation de la sous-commission chargée de valider les modifications prévues par le schéma d'accessibilité les a privés d'une garantie car un projet présentant un tel problème de sécurité routière n'aurait pas été validé sans étude d'impact ;

' alors même que toute décision administrative se doit, par principe, d'être motivée, la décision litigieuse n'a fait l'objet d'aucune motivation ;

' en ne s'opposant pas au projet et même en le soutenant, alors que celui-ci présente un risque important tant pour leur propre sécurité que pour celle des autres usagers de la voie publique en créant des difficultés de circulation, le maire a méconnu les obligations qui lui incombent au titre des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ; en effet, le projet les expose à une insécurité permanente du fait de l'anarchie des stationnements résultant directement de la suppression de cinq emplacements aux abords des commerces avoisinants et les prive d'un accès paisible et sûr à la voie publique et à leur domicile ;

' les contraintes auxquelles ils sont ainsi exposés excèdent les limites de ce que peut justifier la seule satisfaction d'un motif d'intérêt général ;

' si la communauté d'agglomération et la commune affirment que l'emplacement choisi devant leur domicile est le seul à pouvoir accueillir l'arrêt de bus projeté, il s'avère qu'un autre emplacement, plus avantageux en matière de sécurité routière, est susceptible de l'accueillir ; les arguments avancés pour justifier le projet et s'opposer aux solutions alternatives proposées sont paradoxaux et varient dès lors qu'ils sont contredits ; il n'est pas démontré qu'il n'existe pas de solution différente pour la satisfaction de l'intérêt général ;

' le choix de l'emplacement litigieux est entaché de détournement de pouvoir dès lors qu'il fait suite à la suppression, il y a quelques années, d'un arrêt de la même ligne de bus qui était installé à proximité du domicile d'un élu de la majorité municipale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la communauté d'agglomération du Grand Angoulême conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'opération.

La requête a été communiquée à la commune de L'Isle-d'Espagnac, qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Poitiers le 16 avril 2024, transmise au greffe du tribunal administratif de Limoges qui l'a enregistrée le 30 mai 2024 sous le n° 2400940.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de M. et Mme C, qui ont repris leurs écritures en les développant et en ajoutant notamment que l'arrêt de bus en litige a été mis en service dans la matinée du 25 juin 2024, que l'auteur de la décision n'est pas précisément connu, qu'il n'est pas justifié de la publicité et de l'affichage des arrêtés produits en défense et que la reprise des travaux est ainsi dépourvue de base légale,

- et les observations de MM. Batista et Pinaud, représentants mandatés de la communauté d'agglomération du Grand Angoulême, qui ont repris les écritures produites en les développant et en confirmant la mise en service de l'arrêt.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un projet de mise en accessibilité des quais de bus de la commune de L'Isle-d'Espagnac, la communauté d'agglomération du Grand Angoulême, qui a entrepris de créer un quai entre les nos 43 et 45 de l'avenue de la République, a débuté les travaux nécessaires à cette opération au mois de novembre 2023. Le 6 décembre 2023, alors que la majeure partie des travaux était achevée, la collectivité a décidé de différer la réalisation des marquages et l'installation du mobilier urbain eu égard aux contestations de propriétaires riverains. Par courriers du 29 décembre suivant, M. et Mme C, qui résident au n° 45 de l'avenue de la République, ont demandé au maire de la commune de L'Isle-d'Espagnac et au président de la communauté d'agglomération du Grand Angoulême d'annuler l'opération et de remettre la voie publique en état devant leur domicile. Face au silence gardé par ces deux autorités, ils ont saisi le tribunal d'une requête tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet de leur demande. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de la communauté d'agglomération du Grand Angoulême, révélée verbalement le 6 mai 2024 à l'occasion d'une rencontre entre les intéressés, de reprendre les travaux.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

4. Il ressort des échanges intervenus lors de l'audience publique que les travaux litigieux se sont achevés et que le quai de bus installé devant le domicile des requérants a été mis en service dans la matinée du 25 juin 2024. Dans ces conditions, la décision verbale de la communauté d'agglomération du Grand Angoulême de reprendre les travaux doit être regardée comme étant, à la date de la présente ordonnance, entièrement exécutée. Il suit de là, que M. et Mme C ne sauraient se prévaloir d'une urgence à suspendre l'exécution d'une décision dont les effets sont épuisés et que leur requête ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à M. D C, à la communauté d'agglomération du Grand Angoulême et à la commune de L'Isle-d'Espagnac.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le juge des référés,

N. A

La greffière d'audience,

M. FAURE

La République mande et ordonne

à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef,

A. BLANCHON

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