Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400991

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 25 juin 2024, Mme D A, représentée par Pion, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 12 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale ", ensemble la décision du 4 avril 2024 rejetant le recours gracieux tendant au retrait de cette décision, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, dans l'attente du jugement à intervenir au fond, et sous un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Pion en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté contesté la place dans une situation de profonde précarité ; elle a, seule à sa charge, ses deux enfants âgés de 3 et 11 ans qui sont scolarisés en France et qui ne peuvent, de ce fait, quitter le territoire français en cours d'année au risque de mettre en péril le suivi de leur scolarité ; en outre, elle ne bénéficie plus du soutien de sa famille en Albanie du fait de sa décision de divorcer de M. C ; enfin, elle ne dispose d'un logement associatif que jusqu'au terme de l'année scolaire de ses deux filles ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

' elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la saisine de la commission du titre de séjour n'a pas été effectué préalablement au refus qui lui a été opposé ;

' la décision est exclusivement motivée en raison du comportement de M. C, alors même que Mme A a déposé seule sa demande de titre de séjour et qu'elle a obtenu l'aide juridictionnelle pour une procédure de divorce le 5 juin 2024 ;

' elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il n'est pas pris en considération l'intérêt supérieur de ses deux filles et qu'elle s'est séparée de son conjoint dont elle ne partage pas les valeurs ;

' elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 juin 2024 sous le n° 2400992 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Pion, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise, née en 1990, déclare être entrée en France le 29 juin 2018. Par une décision du 12 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé un refus de titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 4 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté le recours gracieux de Mme A dirigé contre cette décision. Mme A demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ces décisions dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () "

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que l'intéressée est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 29 juillet 2018. Elle a, à ce titre, fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français de la part du préfet des Pyrénées-Orientales, le 5 mars 2020 et du préfet de la Haute-Vienne, le 28 février 2022, qu'elle n'a pas exécutées. Si la requérante se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence en France de ses deux jeunes enfants scolarisés, et d'attestations d'associations au soutien de sa volonté d'intégration, notamment par l'apprentissage de la langue française, elle ne justifie toutefois d'aucune activité professionnelle ou de ressources propres. Elle ne fait pas davantage état d'une circonstance de nature à faire obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans tout autre pays que la France, et notamment en Albanie, pays dont elle a la nationalité, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où ses enfants mineurs pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, eu égard à ces conditions de séjour en France, et alors même que Mme A est en instance de divorce de son époux défavorablement connu des services de police, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.

5. En second lieu, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence, que les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision du 4 avril 2024 rejetant son recours gracieux tendant au retrait de cette décision, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le juge des référés,

N. E

La greffière d'audience,

M. FAURE

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef,

La Greffière,

M. B

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