Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401045
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. A C, représenté par Me Ciaudo, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle le directeur de la maison centrale de Saint-Maur l'a affecté dans un quartier spécifique ;
3°) d'enjoindre au directeur de la maison centrale de Saint-Maur de l'affecter au sein d'un autre quartier de l'établissement, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la décision contestée lui fait grief ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que cette décision, en ce qu'elle l'expose à des modalités de gestion différentes et plus restrictives que les autres personnes détenues dans l'établissement et affectées dans des quartiers classiques, préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
' alors qu'elle doit nécessairement s'analyser comme un placement en quartier spécifique puisque les modalités de gestion applicables au sein de l'unité C22 ne sont pas les mêmes que celles applicables au reste de la détention, elle n'a pas été précédée de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire ;
' aucune décision ne lui ayant été communiquée, il n'est pas établi que son affectation au sein de l'unité C22 soit motivée en fait et en droit ;
' elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les griefs retenus à son encontre ne sont pas suffisants pour justifier une affectation au sein d'un quartier spécifique ; à supposer qu'il ait effectivement proféré des menaces qu'il devait mettre à exécution après le ramadan, force est de constater qu'il ne les a pas mises en œuvre alors que le ramadan est terminé depuis longtemps.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que la décision litigieuse, qui n'a ni pour objet ni pour effet d'aggraver les conditions de détention de l'intéressé, ne saurait faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et, à titre subsidiaire, que l'urgence à statuer n'est pas démontrée et qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
M. C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 18 juin 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 13 juin 2024 sous le n° 2401046.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. B a présenté son rapport lors de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, écroué depuis le 12 juin 2003, est incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur depuis le 3 octobre 2022. Le 9 avril 2024, le directeur de cet établissement l'a affecté au sein de l'unité d'hébergement C22. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette mesure.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu de prononcer, en application des dispositions citées au point 2, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle dont la demande a été déposée devant le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Limoges le 18 juin 2024.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
6. A supposer même que la décision du directeur de la maison centrale de Saint-Maur d'affecter M. C au sein de l'unité d'hébergement C22 de cet établissement, en ce qu'elle entraînerait des conditions de détention plus restrictives, soit une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été transféré au sein de l'unité A11 de ce même établissement le 18 juin 2024. Dans ces conditions, la décision contestée doit être regardée comme étant, à la date de la présente ordonnance, entièrement exécutée. Il suit de là, alors que M. C ne saurait se prévaloir d'une urgence à suspendre l'exécution d'une décision dont les effets sont épuisés, que ses conclusions à fin de suspension et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le juge des référés,
N. B
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
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