Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401230
mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par la requête n° 2401230 enregistrée le 9 juillet 2024, M. D B représenté par Me A demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution d'une part, de la décision du 20 février 2024 par laquelle le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales du ministère de la justice a refusé de le nommer en qualité d'élève surveillant pénitentiaire ensemble la décision du 27 mai 2024 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la direction de l'administration pénitentiaire de le nommer en qualité d'élève au sein de la prochaine promotion en qualité d'élève surveillant pénitentiaire dans le délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions attaquées aggravent la situation financière de son foyer qui dispose de très peu de revenus, son parcours professionnel ayant été difficile puisqu'il s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé le 5 mars 2021 et est inscrit sur la liste des demandeurs d'emplois en catégorie 1 depuis le 12 mars 2022 ; la décision attaquée compromet son avenir professionnel car âgé de 44 ans, il n'a aucun autre avenir professionnel qui s'offre à lui et a fourni beaucoup d'efforts pour obtenir le concours notamment en suivant des remises à niveau en 2019 et 2020 dans le but que son foyer obtienne une stabilité financière ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité des deux décisions car le refus de le nommer en qualité d'élève surveillant pénitentiaire et le rejet de son recours gracieux :
- sont signées par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;
- sont entachées d'une erreur d'appréciation de sa situation en méconnaissance de l'article L. 321-1 du code de la fonction publique car elles se fondent sur sa condamnation par le tribunal judiciaire de Limoges en date du 7 juin 2021 dont il avait obtenu l'effacement du bulletin n°2 de son casier judiciaire par une ordonnance du 28 novembre 2023 rendue après avis favorable du ministère public et motivée par la volonté de ne pas faire obstacle à sa volonté d'insertion professionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Khéra Benzaïd, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, à laquelle le ministre de la justice, garde des sceaux n'était ni présent ni représenté :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Mme A pour M. B qui confirme ses écritures et rappelle que le foyer de M. B est dans une situation financière difficile ; que M. B a obtenu l'effacement de sa condamnation au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire ainsi que du fichier de traitement des antécédents judiciaires ; que les magistrats judiciaires ont motivé leurs décisions par la nécessité que sa condamnation pénale à une simple amende n'entrave pas son insertion professionnelle.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. En premier lieu, l'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. M. B soutient que la situation financière précaire de sa famille caractérise l'urgence à ce que l'exécution de la décision de refus de le nommer en qualité d'élève surveillant pénitentiaire ainsi que celle rejetant son recours gracieux soit suspendue. Toutefois, le requérant dont le foyer qui ne dispose que d'un revenu fiscal de référence de 2 632 euros pour les revenus de 2022, perçoit des prestations sociales dont l'allocation de logement représentant au total par exemple pour le mois de mars 2024 un montant de 1 858, 60 euros, n'établit ni même n'allègue que les décisions dont la suspension est demandée aurait pour conséquence de priver son foyer de ces ressources ou d'en amoindrir le montant et d'aggraver ainsi sa situation financière actuelle. De plus, s'il allègue que sa préparation au concours a exigé des sacrifices financiers dont le foyer se retrouve contraint de supporter les conséquences, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce au dossier sur ce point. Enfin, il n'établit pas que les décisions attaquées compromettent toutes ses chances d'insertion professionnelle. Ainsi, il ne ressort pas de l'instruction que les décisions contestées préjudicient de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de M. B. Par suite, la condition d'urgence ne peut pas être regardée comme remplie.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Limoges, le 6 août 2024.
Le juge des référés
K. BENZAID
La greffière d'audience
I. FADERNE
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière,
M. E
No 2401230
mf