Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401372
lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401372 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Lacour, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution d'une décision référencée " 48SI ", non reçue, constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et de la décision implicite, née le 31 juillet 2024, par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer provisoirement son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- compte tenu de son activité de chauffeur poids lourds, l'annulation de son permis de conduire, qui met en péril son emploi, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation ;
- les infractions qui lui sont reprochées d'avoir commises sont " faibles " et sont liées à de l'inattention involontaire ; depuis 2008, année de délivrance de son permis de conduire, il s'attache à adopter une conduite " raisonnable " et n'a jamais fait l'objet d'une mesure judiciaire.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :
- à la lecture du relevé intégral d'information (RII) du permis de conduire édité le 22 mai 2024, son solde de points, qui apparaît à deux sur douze possibles, n'était pas nul lors de l'émission de la décision 48SI non reçue ; il a par ailleurs effectué un stage de sensibilisation routière les 24 et 25 mai 2024 lui accordant quatre points supplémentaires qui n'apparaissent pas sur ce relevé ; son solde de points s'établit en réalité à six ;
- la décision 48SI non reçue est entachée d'une insuffisance de motivation ; cette décision ne peut se contenter de mentionner la date et l'heure des infractions et le nombre de points retirés, mais doit au minimum comporter des éléments afférents aux circonstances dans lesquelles ont été commises ces infractions pour remplir les conditions posées par la loi ;
- il n'est pas justifié de la réalité des infractions qui lui sont reprochées d'avoir commises du 29 décembre 2016 au 28 juin 2023, en particulier de ce qu'il aurait payé les amendes forfaitaires relatives à ces infractions ; il y a lieu de constater l'illégalité des retraits de points relatifs à ces infractions et de réaffecter ces points au solde de points de son permis de conduire ;
- il n'est pas justifié qu'il aurait été préalablement informé d'un retrait de points pour chacune de ces infractions, conformément à l'article R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête en référé doit être rejetée eu égard à l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation présentées dans le cadre de la requête au fond ; d'une part, aucune décision référencée 48SI portant invalidation du permis de conduire n'a été prise à l'encontre de M. A, comme en atteste les mentions portées sur son RII, de sorte que les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision, qui est inexistante, sont irrecevables ; d'autre part, en application de l'article L. 223-6 du code de la route, M. A a bénéficié d'un ajout de quatre points supplémentaires sur son solde de points compte tenu du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 24 et 25 mai 2024 ; le préfet de la Haute-Vienne a procédé à l'enregistrement de ce stage de sensibilisation à la sécurité routière le 30 mai 2024 et les services ministériels ont en conséquence crédité, avec effet au 26 mai 2024, le solde de son permis de conduire de quatre points en application de l'article R. 223-8 du code de la route ; du fait de cet enregistrement, le solde du permis de conduire du requérant, qui était déjà doté de deux points, est passé à six points ; le recours administratif présenté par le requérant le 31 mai 2024, postérieurement à l'enregistrement du stage qu'il a suivi, tendant à l'ajout de quatre points sur son solde de points en raison du stage suivi et au retrait d'une décision d'invalidation inexistante était donc sans objet et aucune décision implicite de rejet n'a pu naître ;
- en tout état de cause, le solde de points du permis de conduire de M. A étant positif, la condition d'urgence n'est pas remplie.
Vu :
- la requête au fond présentée par M. A sous le n° 2401371 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Boschet, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 28 mai 2024, reçu le 31 mai 2024, M. A, qui exerce la profession de chauffeur poids-lourds et qui venait de suivre les 24 et 25 mai 2024 un stage de sensibilisation à la sécurité routière, a, d'une part, formé un recours gracieux à l'encontre d'une décision référencée " 48SI " non reçue par laquelle le ministre de l'intérieur aurait constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, d'autre part, demandé à ce ministre de lui restituer " au moins un point ". Par cette requête, M. A demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision référencée " 48SI " non reçue et de la décision née le 31 juillet 2024 du silence gardé par l'administration sur son courrier du 28 mai 2024 en tant qu'elle rejette implicite son recours gracieux. Il demande également qu'il soit enjoint à l'administration de lui restituer provisoirement son permis de conduire.
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
2. En premier lieu, comme le fait valoir le ministre de l'intérieur en défense, et alors que le relevé d'information intégral édité le 22 mai 2024 produit par le requérant lui-même mentionne à cette date un solde positif de deux points, qui est par ailleurs passé à six points avec effet au 26 mai 2024 à la suite de l'enregistrement le 30 mai 2024 du stage qu'il a suivi les 24 et 25 mai 2024, aucune décision référencée " 48SI " constatant la perte de validité de son permis de conduire n'a été prise à l'encontre de M. A. Par suite, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que, dès lors que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A à l'appui de sa requête au fond n° 2401371 sont irrecevables comme étant dirigées à l'encontre d'une décision inexistante, ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées à l'appui de la présente requête en référé ne peuvent qu'être rejetées pour ce motif.
3. En second lieu, et au surplus, dans la mesure où, à la date de la présente ordonnance, M. A dispose d'un solde positif de six points sur son permis de conduire et qu'il possède ainsi un permis de conduire en cours de validité lui permettant d'exercer sa profession, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à ce que le juge des référés du tribunal, d'une part, suspende l'exécution d'une décision référencée " 48SI " constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et de la décision implicite, née le 31 juillet 2024, par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de cette décision, d'autre part, enjoigne à l'administration de lui restituer provisoirement son permis de conduire doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à M. A sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 19 août 2024.
Le juge des référés,
J.B. BOSCHET
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
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