Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401389
vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401389 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 29 juillet 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours dans la commune de Limoges ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- l'obligation de quitter le territoire en litige est insuffisamment motivée ;
- il justifie des conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour en application de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, circonstance qui fait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement ;
- cette décision ne pouvait légalement intervenir sans qu'il ait été entendu préalablement ;
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée ;
- la mesure porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- le refus de délai de départ volontaire est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée ;
- dès lors qu'il justifie de garanties de représentation, notamment par son assignation à résidence, le motif de cette décision est erroné en fait ;
- la mesure porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale et de ce fait est entachée d'une erreur de qualification juridique et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne procède pas d'un examen personnel et sérieux de sa situation ;
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée par l'obligation de quitter le territoire ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'ordre public.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- l'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée par l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré 8 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut :
-au rejet de la requête ;
- à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 31 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles
L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Variengien, représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1 M. C B, ressortissant algérien né le 16 novembre 1995 à Masskaraa, est, selon ses déclarations, entré dans des conditions indéterminées en France en mars 2015 sous couvert d'un visa de court séjour et s'est depuis lors maintenu sur le territoire. L'irrégularité de sa présence en France a été révélée par son interpellation le 28 juillet 2024 à Limoges par les services de police, dans le cadre de faits de violences conjugales. Par deux arrêtés du 29 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours dans la commune de Limoges. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3 M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 31 juillet 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4 Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
5 Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par l'intéressé, que depuis son arrivée sur le territoire français M. B n'a formé aucune demande de titre de séjour.
6 Il ressort des termes du dispositif du premier des arrêtés du 29 juillet 2024, éclairé par sa motivation, dont M. B demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée M. B ou de lui refuser le séjour autrement qu'au seul constat de sa situation irrégulière. Il suit de là que le préfet de la Haute-Vienne a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 1° de l'article L. 611-1précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7 En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
8 Il résulte toutefois des dispositions précitées au point 4 du présent jugement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'accord franco-algérien ne peuvent être utilement invoquées pour contester une mesure d'éloignement décidée en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment des 1° et 2° de son article L. 611-1.
9 Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté en litige et du procès-verbal d'audition de l'intéressé en date du 28 juillet 2024, que, depuis son entrée sur le territoire français, en mars 2015, M. B n'a effectué de toute cette période jusqu'à son interpellation aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative au regard de son droit au séjour. Le comportement de l'intéressé, qui le fait ainsi entrer dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 précité, constitue une circonstance suffisante pour que le préfet de la Haute-Vienne décide, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'obliger à quitter le territoire français, alors même qu'il fait valoir remplir les conditions notamment de durée de séjour pour obtenir un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas par ailleurs l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
10 Il suit de là que M. B ne peut utilement faire valoir ces stipulations pour soutenir que sa situation personnelle lui ouvrait un plein droit à l'obtention d'un certificat de résidence et faisait ainsi obstacle à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire en litige.
11 En deuxième lieu, par une motivation au demeurant commune à l'ensemble des décisions qu'il comporte, l'arrêté en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. B sur lesquelles il se fonde, notamment quant à sa situation personnelle actualisée, les conditions de son entrée et de son séjour en France et ses attaches respectives, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre de manière exhaustive tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation, en tant qu'il est articulé à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire, manque dès lors en fait et doit être écarté.
12 En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'obligation de quitter le territoire en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne se serait à tort estimé en situation de compétence liée pour prendre cette mesure à l'encontre de M. B.
Sur le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu dans le cadre de la procédure d'obligation de quitter le territoire français :
13 Les dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables au présent litige, sont issues de dispositions de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité qui ont procédé à la transposition, dans l'ordre juridique interne, des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Elles ne prévoient pas de droit pour un étranger à être entendu dans le cadre de la procédure de prise d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.
14 Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
15 Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
16 Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013 précité, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
17 Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. B, ainsi qu'il a été dit, n'a formé depuis son entrée en France, soit il y a neuf ans selon ses affirmations, aucune demande de titre de séjour, notamment en faisant alors valoir devant l'administration la présence de membres de sa famille, d'autre part qu'il n'a pas été empêché de produire tous les éléments qu'il pouvait estimer utiles et particulièrement à l'occasion de son audition par les services de police le 28 juillet 2024 durant laquelle a été établie sa présence irrégulière sur le territoire et les conditions de celle-ci, reprises au demeurant dans la motivation de l'obligation de quitter le territoire en litige. Dans la présente instance, il se borne à soutenir qu'il n'a pas été entendu avant la mesure d'éloignement en litige, sans plus préciser les éléments qu'il entendait porter à la connaissance de l'autorité administrative et aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, s'ils avaient été communiqués à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Enfin, il ressort des termes du dispositif de l'arrêté en litige, éclairé par sa motivation, que l'ensemble de sa situation a été pris en compte, le préfet ayant ainsi nécessairement estimé que la présence de membres de sa famille sur le territoire ne constituait pas une circonstance suffisante pour lui ouvrir une possibilité de régularisation. M. B ne fait état d'aucune autre circonstance qui n'aurait pas été connue de l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la mesure en litige et ainsi exposé ne peut qu'être écarté.
18 En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
19 M. B, ressortissant algérien, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français en 2015, à l'âge de vingt ans. Il fait valoir, à l'appui de sa requête, d'une part sa relation avec une ressortissante française, d'autre part la présence en France de ses parents et de sa fratrie. Toutefois, alors qu'en tout état de cause cette circonstance à elle seule ne lui confère aucun droit au séjour en France, entré majeur sur le territoire, M. B ne produit aucun élément sur les liens qu'il entretiendrait avec ces membres de sa famille. Par ailleurs, interpellé dans le cadre de faits de violences conjugales, et quoiqu'ait été relevée par le juge judiciaire l'ambivalence de la victime sans que cette mention dans l'ordonnance de placement sous contrôle judiciaire, laquelle, comme la convocation de l'intéressé à une audience devant le juge pénal, reste sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire dont elle ne fait qu'empêcher l'exécution jusqu'à sa levée, M. B ne peut dans ces conditions où cette mesure provisoire interdit tout contact entre les intéressés, faire valoir une vie privée et familiale intense ancrée en France. M. B n'apporte pas d'éléments permettant de démontrer l'existence d'une insertion dans la société française, où notamment, sans charge de famille, il est sans aucune ressource ni perspective à court terme. S'il soutient être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et y a ainsi nécessairement tissé des liens, il n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses allégations. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Par les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
20 En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut, en tout état de cause, invoquer par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
21 En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne se serait à tort estimé en situation de compétence liée pour refuser à M. B, dont il a mesuré les éléments caractérisant sa situation, un délai de départ volontaire.
22 En troisième lieu, M. B ne saurait tirer de la mesure d'assignation à résidence prise par ailleurs à son encontre au motif précisément qu'il ne justifierait pas de garanties de représentation suffisantes et au demeurant en litige dans la présente instance que, par l'existence même de cette décision, il justifierait desdites garanties telles que mentionnées au 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, c'est sans erreur manifeste dans son appréciation des mêmes garanties que le préfet, relevant les déclarations de l'intéressé, qui n'a pu présenter des documents d'identité et de voyage en cours de validité, quant à sa volonté de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre, les a estimées insuffisantes au regard des mêmes dispositions.
23 Enfin, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 18 et 19 du présent jugement, en refusant à M. B tout délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée, non plus qu'il n'a entaché ce refus d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation de M. B.
24 Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé tout délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
25 En premier lieu, il résulte de ce qui précède quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. B ne peut, en tout état de cause, invoquer par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
26 En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
27 Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
28 La décision en litige précise que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué s'agissant des éléments dont l'administration avait connaissance à la date de sa signature, à laquelle s'apprécie sa légalité. Les termes mêmes de l'acte révèlent la prise en compte des conditions de l'entrée et du séjour de l'intéressé sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de sa situation familiale, traduisant ainsi l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la situation de M. B. En outre, l'arrêté attaqué n'avait pas à préciser expressément s'il représentait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'une telle circonstance n'a pas été retenue par le préfet, qui s'est borné, dans la motivation de la décision, à relever des faits sans les qualifier à cet égard. Au regard de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans n'est pas suffisamment et spécifiquement motivée et que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions énoncées à l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
29 En troisième lieu, Il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, qui mentionne les circonstances propres à la situation personnelle de M. B, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé ou se serait, à tort, estimé lié par l'obligation de quitter le territoire. Les moyens qui en sont tirés doivent dès lors être écartés.
30 En quatrième lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 18 et 19 du présent jugement, en prenant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français durant trois ans, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée.
31 En dernier lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté du 29 juillet 2024 pris dans son ensemble qu'en tout état de cause le préfet, s'il a relevé les faits de violences dans lesquels M. B est mis en cause et les mentionne dans ses écritures contentieuses, n'a pas fondé, même partiellement, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige sur un motif tiré de l'ordre public. Dès lors, M. B ne peut utilement invoquer une erreur manifeste du préfet dans son appréciation d'une atteinte à l'ordre public que pourrait représenter sa présence en France. Il suit de là que le moyen qui en est tiré à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté du 29 juillet 2024 portant assignation à résidence :
32 En premier lieu, il résulte de tout ce qui vient d'être dit que M. B ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence.
33 Enfin, il ne ressort pas de la motivation de l'assignation à résidence, décision distincte de l'obligation de quitter le territoire et fondée sur l'appréciation des garanties de représentation de l'intéressé, que le préfet de la Haute-Vienne se serait à tort estimé lié par cette dernière pour assigner M. B à résidence dans la commune de Limoges durant quarante-cinq jours en vue de l'exécution de ladite obligation.
34 Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. B au titre des frais liés au litige. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de l'Etat les frais exposés par le préfet de la Haute-Vienne à l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3:Les conclusions de l'Etat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie pour information en sera adressée à Me Moreau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le magistrat désigné,
D. E
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Cheffe
La Greffière
M. D
mf
N°2401389