Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401446

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges annule l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. C, ressortissant marocain victime de traite des êtres humains, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le tribunal juge que le préfet a méconnu l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car la procédure pénale engagée par M. C n'était pas achevée à la date de l'arrêté, le classement sans suite ayant été contesté. En conséquence, l'obligation de quitter le territoire français est également annulée pour défaut de base légale. Le tribunal enjoint au préfet de renouveler le titre de séjour de M. C pour un an dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2024, M. A C, représenté par Me Baggul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Crosnier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 22 octobre 1994, est entré en France en 2016 en qualité de travailleur saisonnier dans une exploitation agricole du Lot-et-Garonne. Après avoir porté plainte le 12 janvier 2022 contre son employeur pour esclavage et traite des êtres humains, il a bénéficié d'un premier titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, renouvelé une fois. Par son arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de la Corrèze lui a refusé un nouveau renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à l'expiration de ce délai. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. "

3. Il résulte de ces dispositions que pendant toute la durée de la procédure pénale, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an est délivrée de plein droit au ressortissant étranger qui a déposé plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre l'infraction de traite des êtres humains visée à l'article 225-4-1 du code pénal, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne.

4. Il est constant que M. C a déposé plainte le 12 janvier 2022 pour des faits d'esclavage et de traite des êtres humains contre son ancien employeur et qu'il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire, renouvelée une fois, conformément aux dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3. Si le préfet soutient que cette plainte a été classée sans suite le 29 novembre 2023 et que M. C ne remplit plus les conditions pour bénéficier d'un nouveau renouvellement de sa carte de séjour, il ressort des pièces du dossier que le requérant a contesté ce classement sans suite devant la cour d'appel d'Agen le 13 février 2024 et qu'aucune décision n'avait été prise sur cette contestation par le procureur général à la date à laquelle le préfet de la Corrèze a pris son arrêté. La procédure pénale ne pouvait, dès lors, être regardée comme achevée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Corrèze portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. C doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays à destination duquel il serait éloigné à l'expiration de ce délai doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que le préfet de la Corrèze renouvelle le titre de M. C pour une durée d'un an. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à ce renouvellement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Corrèze du 10 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de renouveler le titre de séjour de M. C pour une durée de 1 an dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à

l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière

M. B

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