Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401454

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de Mme B épouse C, ressortissante algérienne, qui contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne refusant de lui délivrer un certificat de résidence, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a estimé que la décision de refus de titre de séjour ne méconnaissait ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, dépourvues de base légale du fait de l'illégalité alléguée du refus de titre, ont également été jugées légales. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Dhaeze-Laboudie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 alinéa 7, devenu L. 423-23 depuis le 1er mai 2021, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale.

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 750 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- et les observations de Me Dhaeze-Laboudie, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C, ressortissante algérienne née le 20 juillet 1967, est entrée en France le 13 novembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour en compagnie de son époux. Après un premier refus de titre de séjour du 2 juillet 2020, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 27 janvier 2021 et par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 8 novembre 2021, Mme B s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français. Suite à une nouvelle demande, son admission au séjour a été à nouveau refusée par le préfet de la Haute-Vienne le 24 octobre 2022, décision également confirmée par le tribunal le 16 mars 2023 et par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 8 novembre 2023. Le 16 mai 2024, elle a sollicité un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ". Par son arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

3. D'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la situation des ressortissants algériens est exclusivement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France munie d'un visa court séjour, au mois de novembre 2019, et qu'elle s'y est maintenue depuis malgré deux obligations de quitter le territoire. Si elle se prévaut de la présence en France de trois de ses enfants majeurs, dont l'un d'eux s'engage à la prendre en charge, et du soutien qu'elle apporte à sa belle-mère qui réside en France depuis plus de vingt ans, ces allégations, au demeurant fort peu étayées, ne suffisent pas à justifier qu'elle a transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. En outre, elle n'atteste pas être dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine, l'Algérie, où vivent trois autres de ses enfants et au sein duquel elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en rejetant sa demande de titre de séjour. Les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite être écartés. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un certificat de résidence à Mme B n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale, ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, au regard de ce qui a été dit au point 4, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme B.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a obligé Mme B à quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel elle serait éloignée serait, par voie de conséquence, illégale, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Elle mentionne la nationalité de Mme B et sa situation personnelle et familiale en France et à l'étranger. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

9. Il résulte de ce tout qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

11. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qu'une personne publique, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, ne saurait présenter une demande au titre de ces dispositions en se bornant à faire état d'un surcroît de travail pour ses services et sans se prévaloir de frais spécifiques exposés par elle en indiquant leur nature. Par suite, en se bornant à demander au tribunal qu'une somme soit mise à la charge de Mme B au titre des frais de justice sans faire état précisément des frais que l'Etat aurait exposés pour défendre à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Haute-Vienne tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de la Haute-Vienne. Une copie pour information sera transmise à Me Dhaeze-Laboudie.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à

l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière

M. D

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