Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401463
jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, Mme C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa demande et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;
- elle est entachée des mêmes vices que ceux affectant la légalité du refus de titre de séjour.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière.
Par un mémoire en défense, enregistré le24 octobre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée et à la mise à la charge de Mme A d'une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées, le rapport de M. Martha.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise, déclare être entrée en France en 2016. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 9 juillet 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87-2024-103 du même jour, à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte contesté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la seule circonstance que l'intéressée soit présente en France depuis 8 ans, alors qu'elle n'y a jamais disposé d'un titre de séjour, et qu'elle dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée à temps partiel en tant qu'auxiliaire de vie, ne constitue pas, alors au demeurant qu'aucune autorisation de travail n'a été encore accordée à son employeur, un motif exceptionnel de nature à lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A, de nationalité camerounaise est entrée en France en 2016 selon ses déclarations, elle a fait l'objet de deux précédents refus de titre de séjour, assortis d'obligations de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutées, en 2020 et en 2022. Mme A, qui ne se prévaut pas de la présence de membres de sa famille en France alors qu'elle ne conteste pas que ses deux enfants majeurs vivent au Gabon, n'allègue pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, le Cameroun. De plus, par la promesse d'embauche récente et l'engagement en tant que bénévole dont elle se prévaut, la requérante ne justifie pas d'une intégration particulièrement notable sur le territoire français. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et alors qu'il ressort de la lecture de la décision que le préfet a procédé à un examen approfondi de la demande dont il était saisi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée doit être écarté.
6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 4, les moyens tenant à l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du défaut d'examen sérieux de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise au visa des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait notamment état des deux précédentes mesures d'éloignement dont a fait l'objet Mme A le 22 juillet 2020 et le 11 juillet 2022 ainsi que des éléments relatifs à sa vie privée et familiale en France. Elle est par suite suffisamment motivée de sorte que le moyen afférent doit être écarté.
9. En troisième lieu, la simple circonstance que cette décision ne reprécise pas la durée de présence en France de l'intéressée alors que cette ancienneté est mentionnée au 1er considérant de l'arrêté du 11 juillet 2024 ne permet pas de considérer que le préfet, qui a fait état des éléments exposés au point 7, n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressée avant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 et alors que le préfet a limité à un an la durée de l'interdiction de retour, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction.
Sur les frais de justice sollicités par le préfet :
12. Dès lors que l'Etat ne justifie pas avoir exposé des frais d'instance, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le préfet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 :Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef
A. BLANCHON
jb