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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401632

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401632

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAVOCATLANTIC - SELARL d'avocats

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Bernard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision référencée 3F du 25 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Indre a suspendu son permis de conduire pendant six mois, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre de restituer le permis de conduire du requérant, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il emmène ses deux filles à la crèche et à l'école chaque matin en voiture ; que l'une de ses deux filles est suivi par un médecin ORL distant d'une cinquantaine de kilomètres du domicile et qu'elle doit se faire opérer en décembre, nécessitant divers rendez-vous au préalable ; qu'il est ingénieur agronome à son compte, travaille seul et doit se déplacer auprès de ses fournisseurs ainsi qu'au centre de dépôt Mondial Relay afin d'expédier les colis de ses clients ; qu'il ne dispose d'aucune alternative sérieuse à l'automobile ; et qu'il ne constitue pas un danger pour la sécurité routière ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

' la décision est entachée d'illégalité externe dès lors que l'arrêté litigieux n'a pas été signé par le préfet mais par le chef du BOPPD, M. D, de même pour le recours gracieux ;

' la décision est entachée d'illégalité interne dès lors, d'une part, qu'il ne consomme aucun produit stupéfiant, d'autre part, qu'il a effectué une analyse urinaire dès qu'il a eu connaissance du résultat du prélèvement salivaire, lequel a démontré qu'il était en dessous du seuil de détection des cannabiniques, en outre, qu'il ne pouvait pas avoir conscience qu'en consommant du CBD il s'exposait à une sanction, et, enfin, que le préfet avait envisagé de reconsidérer sa décision dans un courrier du 30 juillet 2024 mais qu'il a finalement maintenu sa décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête au motif qu'en l'absence de recours au fond, le référé-suspension de M. B est irrecevable.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 septembre 2024 sous le n° 2401633 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Bernard, représentant M. B, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures.

L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un contrôle routier le 20 juin 2024 sur la commune de Buzançais durant lequel il a été contrôlé positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants. M. B a alors été soumis à un dépistage salivaire permettant de détecter l'usage de stupéfiants. Le même jour, son permis de conduire a été retenu. Par arrêté du 25 juin 2024, le préfet de l'Indre a prononcé la suspension de la validité de ce permis de conduire pendant une durée de six mois. Par une lettre du 13 août 2024, le préfet de l'Indre a rejeté son recours gracieux. M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. D'une part, si M. B fait valoir qu'il dépose ses enfants à l'école et à la crèche chaque matin et que sa femme ne peut le substituer dans cette tâche, il ne justifie pas de l'impossibilité pour elles de se rendre dans leurs établissements respectifs par d'autres moyens, d'autant qu'il ressort de l'instruction que le domicile familial se trouve à 400 mètres de la crèche et à 500 mètres de l'école maternelle, pas plus qu'il ne justifie que ses filles seraient dans l'impossibilité d'être transportées par d'autres membres de sa famille ou des tiers.

5. D'autre part, si M. B indique que son véhicule lui est nécessaire pour transporter l'une de ses filles, suivie par un médecin ORL à ses différents rendez-vous ainsi qu'à son opération prévue le 3 décembre 2024, il ne démontre pas que sa femme, un autre membre de la famille ou un tiers serait également dans l'impossibilité de l'y transporter.

6. Enfin, pour démontrer l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. B soutient que son permis de conduire lui est nécessaire pour pouvoir poursuivre son activité d'auto-entrepreneur dès lors qu'il habite en campagne. Toutefois, si M. B produit un certificat d'inscription au répertoire des entreprises et des établissements (SIRENE) se rapportant à la création de son activité en avril 2016, il ne fournit aucune indication sur le chiffre d'affaires dont il serait privé du fait de la décision du préfet de l'Indre, d'autant plus que son titre de conduite n'est plus valide depuis près de deux mois. De surcroît, le requérant n'établit pas qu'il lui serait impossible de prévoir temporairement de nouvelles modalités d'organisation en ayant recours à des modes de transport alternatifs, notamment en utilisant un véhicule ne nécessitant pas la détention du permis de conduire pendant la durée de la suspension de son permis ou même en se faisant véhiculer par des tiers lorsqu'il peut être amené à se déplacer. Ainsi et alors que M. B a été contrôlé le 20 juin 2024 à 16h30 sur la commune de Buzançais pour conduite après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, dosées à 52 ng/ml par l'analyse du prélèvement salivaire du 20 juin connue le 25 juin et à 83 ng/ml par l'analyse urinaire du 25 juin connue le 9 juillet 2024, la décision attaquée répond, eu égard à la gravité de cette dernière, à des exigences de protection et de sécurité routière dont il appartient au juge des référés de tenir compte, comme il a été dit au point 3, pour apprécier objectivement et globalement si la condition d'urgence prévue par les dispositions susmentionnées est satisfaite. Dans ces conditions, à supposer même que la suspension de son permis de conduire occasionne une gêne pour M. B pendant un temps limité le contraignant à se réorganiser, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière en chef,

D. A A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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